Posted by: petokask | March 26, 2019

L’idée de l’unification yougoslave (III)

Partie I, Partie II

Les mouvements de jeunesse yougoslaves

L’idée de l’unification yougoslave est devenue une force idéologique de premier plan de plusieurs mouvements de jeunesse parmi tous les Yougoslaves, que ce soit ceux qui vivaient en Serbie et au Monténégro indépendants ou ceux qui vivaient en Autriche-Hongrie. Leur inspiration idéologico-politique était un mouvement d’unification pan-italien – la jeune Italie (La Giovane Italia), créé par Giuseppe Mazzini en 1831 en France.

Les mouvements de jeunesse yougoslaves ont prospéré entre 1903 et 1914 en ayant des noms régionaux ou autres, mais pas exclusivement ethniques, dans diverses régions yougoslaves comme Omladina (Jeunesse), Mlada Bosna (Jeune Bosnie), Mlada Dalmacija (Jeune Dalmatie), etc.[1] Le général autrichien d’origine ethnique slovène, Oscar Potjorek, a introduit le terme « Jungslawen » comme nom commun pour tous ces mouvements de jeunes yougoslaves. Sa notification était que le souhait politique le plus important de ces mouvements pro-yougoslaves était d’établir un seul Etat slave du Sud/yougoslave.[2]

L’apparition du magazine Slovenski jug (Le sud slave) en 1903 à Belgrade marqua un tournant dans le processus de prise de conscience des mouvements de jeunes yougoslaves. Ce magazine devint dans les faits un point de rencontre central pour les soutiens de l’idée yougoslave et de l’unification des slaves du sud. Conjointement avec une organisation culturelle distincte mais portant le même nom, le magazine propagea l’idée d’une intégration culturelle de tous les yougoslaves dans le respect de leurs différences ethniques, confessionnelles et historiques. En fait, ces mouvements avaient comme idée politico-nationale majeure une unification spirituelle yougoslave au sein d’une fédération politique yougoslave.[3] Le slogans les plus importants furent: “Union des slaves du sud” et la “révolution dans les terres occupées”. Le premier congrès jeune pan-yougoslave s’organisa à Belgrade en 1904. Trois ans plus tard, toujours à Belgrade, l’Organisation Révolutionnaire Yougoslave est fondée, avec pour but, selon ses statuts, pour l’état fédéral yougoslave avec des provinces autonomes. De plus, s’organisa à Prague en 1910 l’Association des Clubs Yougoslaves avec l’idée centrale de créer une union culturelle yougoslave.[4] Les étudiants serbes et croates de Vienne et Prague fondèrent une nouvelle organisation en décembre 1911 sous le nom Jeunesse Nationale serbo-croate. leur idée nationale était serbo-croate; leur nationalité était serbo-croate.[5]

La dernière union des différents mouvements de jeunesse yougoslave au sein d’une seule organisation fut scellée dans la maison de l’écrivain croate Oscar Tartalja à Split (Dalmatie) le 16 mars 1913. En mai de cette même année, un magazine pro-yougoslave de propagande sur l’idée d’unification yougoslave – Ujedinjenje (Union) commença à paraître, édité par la même organisation pan-yougoslave. L’un des buts premiers de cette organisation était de préparer une révolution nationale yougoslave prévue pour 1917 afin de gâcher le cinquantenaire de l’accord politico-national austro-hongrois – Aussgleich (1867).[6]

En fait, l’idée d’une unification yougoslave était acceptée par une audience beaucoup plus large au sein des slaves du sud, particulièrement parmi les pro-yougoslaves vivant en Autriche-Hongrie, après la libération des terres des slaves du sud de la domination ottomane par la Serbie et le Monténégro en 1913 durant les guerres balkaniques.[7]

Le national-chauvinisme anti-serbe croate et la yougoslavophobie

Il est nécessaire de passer en revue les attitudes face à la question de l’unification yougoslave par les principaux partis politiques croates d’opposition siégeant au parlement croato-slavonien (Sabor) à Zagreb. L’élément principal de leurs programmes et propagandes était un chauvinisme anti-serbe suivi par une yougoslavophobie pour le bien de la création d’une Croatie plus grande et ethniquement purifiée.

Le parti croate le plus national-chauvin fût le Parti Croate des Droits (Hrvatska Stranka Prava), dirigé par le croatophile Ante Starčević, un homme extrêmement serbophobe. Le principal objectif politique de ce parti était de créer une grande Croatie indépendante, libre, unie et nettoyée ethniquement sur la base des droits ethnolinguistiques et historiques des croates et, par conséquent, incluant la Croatie, la Slavonie, la Dalmatie, la Bosnie-Herzégovine et des parties de la Serbie, du Monténégro et de la Slovénie. Ce but politique est devenu plus radical lorsque Josip Frank a pris la direction du parti. Les revendications politiques de J. Frank étaient de créer une province distincte nationale et administrative croate unie mais au sein de l’Autriche-Hongrie en incluant toutes les terres slaves du Sud de l’Autriche-Hongrie dans une grande Croatie. Par conséquent, la politique d’austro-yougoslavisme de J. Frank était au service direct des desseins géopolitiques austro-hongrois dans les Balkans.

Néanmoins, pour les idéologues croates de l’ultradroite au tournant du XXe siècle, la Croatie devrait annexer et incorporer dans une province administrative croate unie et unique de l’Autriche-Hongrie; d’abord toutes les terres « historiques » croates (Croatie, Dalmatie, Rijeka, Istrie, Dubrovnik, Slavonie, Monténégro, Bosnie, Herzégovine, Međumurje, Srem et Bačka) puis reste des terres colonisées par les Slaves du Sud dans la double monarchie.

Pourtant le slogan initial du parti croate des droits était “ni sous Vienne ou la peste mais pour l’état libre et indépendant de Croatie”. Tout compromis avec l’Autriche-Hongrie était impossible pour la fondateur du parti (1861) – Ante Starčević, qui se battait pour la création d’une grande Croatie mais hors de la monarchie bicéphale ou alors avec une union personnelle avec cette monarchie. Pour lui, cette grande Croatie devait annexer la Slovénie, la Bosnie, l’Herzégovine, le Međimurje, la frontière militaire, Rijeka, la Dalmatie, la Slavonie et l’Istrie. Il était également le créateur del’idée que les croates les plus purs vivaient en Bosnie-Herzégovine.[8] Dans ses premières années d’activité, au regard du problème d’identité nationale des croates, Ante Starčević écrivit en 1867 le fascicule Bi-li k Slavstvu ili ka Hrvatstvu (De la domination slave ou de la domination croate) dans lequel il présentait l’opinion que le nom slave était une construction artificielle. Selon lui, les croates ne pouvaient qu’être croates, ni slaves ni yougoslaves.[9] Pour lui, l’idée yougoslave était seulement un masque pour la politique (orthodoxe) pan-slave russe qui était un danger pour l’intérêt national croate (Catholique romain). Ante Starčević ne fût pas seulement “le père de la nation croate”[10] mais également le concepteur idéologique d’une politique extrêmement anti-serbe, appelant ouvertement à un génocide des serbes au sein des territoires de la Croatie “ethnohistorique”, ce qui fût fait en réalité durant la seconde guerre mondiale sur le territoire de l’Etat Indépendant Croate.[11]

Toutefois, Ante Starčević démissionna en 1895 du parti en raison de désaccords internes entre les dirigeants du parti et fonda un nouveau parti, le parti croate des droits purs (Čista hrvatska stranka prava). Après sa mort en 1896, Josip Frank pris la tête de ce parti, devenant le nouveau champion de cette idéologie antiserbe qui se répandait parmi les croates. Cependant, contrairement à A. Starčević, parrainé politiquement et financièrement par les autorités autrichiennes, J. Frank prônait la création d’une “Grande Croatie au sein d’une Grande Autriche”[12] mais sans être un état indépendant hors des frontières de l’Autriche-Hongrie, ce que Ante Starčević espérait. Par conséquent, toute idéologie yougoslave non parrainée par les autorités d’Autriche-Hongrie (comme l’austro-yougoslavisme) était inacceptable pour J. Frank et son parti.

C’est pour cela que pendant qu’Ante Starčević travaillait sur la dissolution de l’Autriche-Hongrie, en tant que principal ennemi extérieur à la réalisation de l’intérêt national croate (les serbes ont été, selon lui, l’ennemi interne crucial de la Croatie)[13], J. Frank a travaillé sur la préservation et même le renforcement de l’Autriche-Hongrie comme le meilleur protecteur de l’intérêt national croate. La direction du Parti croate des droits purs n’a jamais adopté d’attitude positive à l’égard de l’unification slave du Sud sous la forme d’un État indépendant. De plus, J. Frank (qui n’était pas d’origine slave) avait une forte attitude anti-slave (et surtout anti-serbe) et travaillait ouvertement en faveur du régime Rauch en Croatie-Slovénie (1908-1910) contre les Serbes à l’intérieur de l’Autriche. . .La Hongrie, qui possède ses propres légions paramilitaires armées (les « Légions de Frank »)[14] pour la terreur des Serbes.

Le parti croate des droits purs de J. Frank est devenu après l’assassinat de Sarajevo (28 juin 1914) une organisation politique et paramilitaire serbophobe croate plus forte, appelant à la guerre contre la Serbie, avec l’espoir de créer une grande Croatie au sein de l’Autriche-Hongrie après la guerre.[15] La guerre contre la Serbie avait un but politique très pratique : contrecarrer la création de la Yougoslavie dirigée par la Serbie. En général, l’idéologie anti-yougoslave de J. Frank était encadrée par la propagande selon laquelle le yougoslavisme était une conspiration serbe contre la Croatie et l’Autriche-Hongrie pour créer une grande Serbie avec les terres austro-hongroises de Dalmatie, la Croatie, la Slavonie et la Bosnie-Herzégovine.[16]

Cependant, d’un autre côté, le Parti croate des droits d’Ante Starčević, qui a été séparé du parti croate des droits purs de J. Frank juste avant la Première Guerre mondiale,  a adopté pendant la Grande Guerre de 1914-1918 une attitude politique en faveur de la dissolution de la double monarchie et, par conséquent, a préféré une création de l’état commun des slaves du sud comme la solution optimale pour servir l’intérêt national croate. Pendant la campagne antiserbe de Zagreb en 1914, le Hrvat, journal du Parti croate des droits d’Ante  Starčević, était ouvertement du côté serbe et intercédait en faveur de l’unification yougoslave. Par exemple, le Hrvat a publié plusieurs articles dans lesquels les socialistes, les anarchistes, les hongrois, et la franc-maçonnerie ont été accusés d’être les organisateurs de l’assassinat à Sarajevo en 1914, mais pas la Serbie. En ce qui concerne l’unification yougoslave, l’article le plus important de cette revue a été publié le 4 juillet 1914 sous le titre « Principe national » dans lequel l’idée de l’unification ethnopolitique slave du Sud a été soutenue.

Conclusions

Les Serbes et les Croates ont été le pilier central d’un État yougoslave commun créé en 1918 et réapparu en 1945. La partie centrale de l’idéologie du yougoslavisme fût en permanence l’idée que ces deux nations possédaient beaucoup plus de similitudes que de différences.Il est vrai que les fondements ethniques à partir desquels les serbes et les croates se sont développés ont été très semblables. Il y avait de nombreuses régions de l’ex-Yougoslavie où ces deux nations vivaient ensemble, et la similitude se voyait dans les langues serbes et croates normalisées de la première moitié du XIXe siècle. Cependant, en dépit du fait que les Serbes et les Croates ordinaires se marient et ont beaucoup d’autres contacts, les différences ethnoculturelles entre eux ont toujours existé, principalement en raison de leur orientation confessionnelle différente. En substance, les serbes et les croates se sont délimités selon leur appartenance religieuse : les catholiques romains sont devenus les croates et les orthodoxes sont devenus les serbes (les musulmans bosniaques-herzégoviniens sont aujourd’hui appelés les Bosniaques). En tant que minorité en Croatie, en Slovénie et en Dalmatie, les serbes orthodoxes se sont sentis menacés par l’assimilation dans la majorité croate catholique romaine, ce que l’église catholique s’employait à accomplir. Par conséquent, les serbes habitant à l’extérieur de la Serbie préféraient plutôt une sorte de Yougoslavie où les serbes auraient une majorité simple pour garantir la protection de l’identité ethnique serbe. Les croates, par contre, ont exigé des serbes en Dalmatie, en Croatie et en Slovénie qu’ils se sentent unis à la Croatie comme leur patrie plutôt que de voir la Serbie comme leur mère-patrie.[17] Pour les Croates, une Yougoslavie post-guerre n’était qu’une option politique temporelle afin de protéger leurs territoires historiques et ethniques autoproclamés de la politique irrédentiste italienne et hongroise. Par la suite, les Serbes ou les Croates ont eu besoin de la Yougoslavie uniquement pour des raisons très pratiques, mais pas en raison de convictions idéologiques profondes sur une origine ethnique serbo-croate commune, de réciprocité et de solidarité.

L’idée de l’union des slaves du Sud ou seulement des yougoslaves (les slaves du Sud sans les bulgares) dans un seul État national avait des racines relativement profondes dans le développement historique des idées politiques parmi les slaves du Sud vu qu’elle remonte à 1794. Cette idée comportait plusieurs étapes de développement, mais, fondamentalement, les partisans de l’« idée de l’Union » la comprenaient avant tout comme une coopération culturelle, nationale et politique serbo-croate, la réciprocité, la solidarité et, enfin, l’unification (politique) en tant que « colonne vertébrale » de toute forme d’organisation d’un État slave du Sud (avec ou sans les Bulgares). L’idée a été imaginée pour être réalisée en deux phases :

  1. L’unification yougoslave (les serbes, les croates et les slovènes).
  2. L’unification des slaves du sud (les yougoslaves et les bulgares)

Cependant, historiquement, il y avait deux idées du yougoslavisme : l’autrichien et le slave du Sud. Le premier prônait la solution de la question yougoslave au sein de l’Autriche (Autriche-Hongrie de 1867) tandis que le second à l’extérieur de la monarchie bicéphale. L’idée qui l’emporterait dépendait principalement du résultat du conflit militaire entre l’Autriche-Hongrie et la Serbie. Enfin, la deuxième option a été réalisée en raison des résultats de la Grande Guerre dans laquelle l’Autriche-Hongrie a disparu en tant qu’État.

Il ne fait aucun doute que la Serbie et les serbes en général, sont ceux qui ont le plus souffert pendant la Première Guerre mondiale de tous les slaves du Sud et la Serbie, en tant qu’état, a payé le prix le plus élevé pour l’unification yougoslave y compris en sacrifiant son statut d’état et son indépendance internationalement reconnue pour un état nouvellement établi qui est devenu dans la pratique un patchwork de différences historique, culturel, régional, ethnique, et idéologiques indépassables. Il est apparu dès le début de l’existence dece nouvel Etat (le Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes, à partir de 1929 le Royaume de Yougoslavie) qu’il serait impossible d’organiser un État fonctionnel en raison de ses nombreuses différences simplement par l’imposition de l’idéologie d’un « yougoslavisme intégral ».[18]

Notes:

[1] Milorad Ekmečić, Stvaranje Jugoslavije 1790–1914, vol. II, Beograd, 1989, p. 523.

[2] “General Potjorek to Bilinsky”, Sarajevo, July 1st, 1914, Archives de Bosnie et Herzégovine, Sarajevo, Fond ZMF, 778; Đuro Šurmin, “Jugoslovenska omladina posle aneksije BiH 1908”, Kalendar “Sv. Sava”, Zagreb, 1934, p. 4; Tin Ujević, Borba nacionalističke omladine, Beograd, 1930, p. 88.

[3] Milorad Ekmečić, Stvaranje Jugoslavije 1790–1918, vol. II, Beograd, 1989, pp. 537–538.

[4] Ivan Janez Kolar, Preporodovci 1912–1914, 1914–1918, Kamnik, 1930, p. 167.

[5] Dr. Jaroslav Šidak, Dr. Mirjana Gross, Dr. Igor Karaman, Dragovan Šepić, Povjest hrvatskog naroda 1860–1914, Zagreb, 1968, “Hrvatski narod u razdoblju od g. 1903 do 1914”, p. 106.

[6] Pero Slijepčević, Mlada Bosna, “Napor Bosne i Hercegovine za oslobođenje i ujedinjenje”, Sarajevo, 1929, p. 192.

[7] Sur le rôle de la Serbie et du Monténégro dans les guerres balkaniques de 1912−1913, voir [Борислав Ратковић, Митар Ђуришић, Саво Скоко, Србија и Црна Гора у Балканским ратовима 1912−1913, Друго издање, Београд, 1972].

[8] Trpimir Macan, Povijest hrvatskoga naroda, II. izdanje, Zagreb, 1992, p. 300.

[9] Franjo Tuđman, Hrvatska u monarhističkoj Jugoslaviji, Knjiga I, Zagreb, 1993, p. 31.

[10] L’un des plus importants poètes de son temps, Silvije Strahimir Kranjčević, dédia son poème à Moïse spécialement à Ante Starčević, vu à ses yeux comme le sauveur de la nation croate[Ivo Goldstein, Croatia: A History, London, 1999, pp. 98−99].

[11] ibid., pp. 135−140.

[12] Riječki Novi list, V/1911, No. 301, December 19th, 1911.

[13] Mirjana Gross, Agneza Szabo, Prema hrvatskome građanskom društvu: Društveni razvoj u civilnoj Hrvatskoj i Slavoniji šezdesetih i sedamdesetih godina 19. stoljeća, Zagreb, 1992, 157−170.

[14] Frano Supilo, Politika u Hrvatskoj, Zagreb, 1953, pp. 206–208; Antun Radić, Sabrana djela,vol. XVIII, Zagreb, 1938, pp. 187, 335–336.

[15] Pour plus d’informations, voir [Većeslav Wilder, Dva smjera u hrvatskoj politici, Zagreb, 1918].

[16] Josip Horvat, Politička povijest Hrvatske, Prvi dio, Zagreb, 1990, p. 282.

[17] Ivo Goldstein, Croatie, une histoire, London, 1999, pp. 93−94.

[18] Andrej Mitrović, Prvi svetski ratPrekretnice novije srpske istorije, Kragujevac, 1995, p. 89.

Traduit par mes soins du site Oriental Review. l’original est disponible ici. Merci de me citer en cas de réutilisation.

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