Posted by: petokask | June 18, 2015

Un nouveau calcul stratégique pour les Balkans (I)

thumb.phpLes Balkans sont revenus à l’avant-scène de la géopolitique européenne comme un résultat de la nouvelle guerre froide, les Etats-Unis et la Russie s’affrontant en une guerre paravent à travers de l’oléoduc Balkan Stream dans la région. Les circonstances géopolitiques ont évoluées depuis les années 1990 lorsque tous les états de l’ancienne Yougoslavie ont été regroupés sous l’appellation de “Balkans occidentaux”. Dans le but de s’adapter à la réalité stratégique changeante de cette région, il est nécessaire de sortir les Balkans de cette idée ancienne, et la nouvelle division des Balkans en régions occidentales, centrales et orientales simplifie l’analyse des développements contemporains et fournit une trajectoire stratégique à suivre dans le contrôle de leur développement futur.

Cet article se concentrera sur les Balkans de l’ouest et du centre, depuis que ces derniers sont devenus l’objet d’une compétition géopolitique entre les mondes unipolaires et multipolaires. Les Balkans de l’est sont déjà intégrés au sein de l’OTAN et ne jouent donc pas un rôle aussi important que celui que jouent le centre et l’ouest de la région, bien que l’évolution de leur rôle au sein de la nouvelle stratégie en parapluie de l’OTAN (les fameux blocs régionaux) sera certainement expliqué dans un avenir proche. Il convient d’ajouter que la Grèce joue un rôle particulier car elle jouxte l’ouest, le centre et l’est des Balkans et a une identité unique et une histoire bien distincte des autres pays des Balkans, bien qu’en raison de son positionnement géostratégique plus large, elle soit groupée avec les Balkans dans le contexte de ce jeu stratégique. Néanmoins, cela demande un article séparé dans le futur, bien que l’auteur en ait déjà touché un mot dans un précédent article.

Retournons au sujet de cet article. La partie I commencera par une explication destinée à recontextualiser les Balkans et poursuivra avec une chronique expliquant ce changement de pensée. Après cela, la partie II examinera les clés essentielles du centre des Balkans avant de proposer certaines solutions pour la sécurité de cette région et son intégration accélérée dans le monde multipolaire.

La recontextualisation

Traditionnellement:

89850-004-C88E1B75-300x280Il est d’usage de diviser les Balkans entre l’ancienne Yougoslavie, du côté ouest, et le bloc composé de la Roumanie et de la Bulgarie, du côté est, ceci laissant l’Albanie et la Grèce largement à l’écart, en les appelant simplement “Les Balkans”. La justification de cette définition est que la majorité de l’ex-Yougoslavie a traversé le même processus de fragmentation violente durant les années 1990 cependant que la Roumanie et la Bulgarie échappèrent relativement tranquillement à ces événements (tout en n’échappant pas à des problèmes internes). A l’époque, il n’y avait pas besoin de faire de distinctions géographiques entre les membres de l’ex-Yougoslavie mais l’intrusion officielle et de facto de l’OTAN dans la majorité de l’espace de l’ex-Yougoslavie, liée à des divergences irréconciliables concernant la politique étrangère de certains de ses anciens membres ont donné l’envoi d’une adaptation à cette nouvelle réalité et à une revisitation de l’ancienne notion de balkans de l’ouest.

Recontextualisé:

Pour les raisons évoquées à l’instant , le concept de Balkans de l’ouest a été repensé et augmenté afin de mieux convenir à la géopolitique changeante ainsi qu’à la nature stratégique de cette région. Voici ce que l’auteur suggère:

*Balkans de l’ouest:

Ceci inclut les états membre de l’OTAN suivants: Slovénie, Croatie et Albanie ainsi que le protectorat de Bosnie et l’état membre de-facto qu’est le Monténégro. En prenant une carte, on peut s’apercevoir que cela dessine la pointe ouest de la péninsule balkanique. Comparé à sa partie centrale, les Balkans de l’ouest sont le bastion de l’unipolarité dans cette région et qu’ils entre en conflit avec leurs frères “prodigues” (moins bien lotis car pas intégrés à l’OTAN, selon les Balkans de l’ouest, NdT) multipolaires. Ce fut le cas durant la seconde guerre mondiale, durant les années 1990 et c’est toujours le cas aujourd’hui avec la Croatie et l’Albanie qui continuent de se comporter (au nord ainsi qu’au sud) comme des agitateurs aux ordres de leur patron.

*Balkans du centre:

La Serbie, la Macédoine et la Grèce composent cette nouvelle entité de la pensée stratégique balkanique, et ce nouveau bloc traverse la région suivant un axe stratégique critique nord-sud. Compte tenu de sa position géostratégique souple autant par rapport à l’Ouest qu’à l’Est, il porte l’espérance de la formation d’un corridor nord-sud (la route de la soie des Balkans) qui pourrait connecter la Méditerranée orientale avec l’Europe centrale ainsi qu’au delà. Le projet russe Balkan Stream forme l’épine dorsale de cette nouvelle entité (désormais appelé corridor balkanique) autour duquel un développement plus profond de l’intégration est attendu. Par conséquent, Moscou encourage les poursuites multipolaires de ses partenaires et approfondit son soutien à leurs politiques.

*Anomalies:

La division centre-ouest des Balkans renferme deux anomalies géopolitiques très importantes dont il faut parler:

srpska-300x288*La Republika Srpska

Cette entité est apparu comme un reliquat de la dissolution de la Yougoslavie du début des années 1990 et des accords de Dayton de 1994, et elle donne à la Serbie une profondeur stratégique mais aussi une vulnérabilité vis-à-vis d’une potentielle percée bosnienne et/ou d’une provocation croate ou bosno-croate. L’existence de la Republika Srpska peut ainsi être comprise comme une épée à double tranchant, cependant que son importance émotionnelle fait qu’elle ne sera jamais abandonnée par la Serbie et qu’elle doive être de-facto considérée comme une extension des Balkans centraux sur l’aire théorique des Balkans de l’ouest (La Bosnie).

*Le Kosovo

kosovomap-2010-300x225La province serbe du Kosovo est actuellement occupé par les forces de l’OTAN (le camp US Bondsteel est une des plus grandes bases américaine en Europe) et a fait sécession de manière illégale de la Serbie en 2008 avec le soutien de l’Ouest. Il fonctionne comme un poste avancé de l’OTAN planté au milieu des Balkans du centre, région dont il fait géographiquement partie(mais de-facto coupé politiquement de cette région). Des deux régions dont nous venons de parler, la province serbe occupée du Kosovo est bien plus profondément sous contrôle de l’Ouest et un avant-poste plus lourdement fortifié opérant en avant de la “ligne de front” pour une aggression unipolaire que ne l’est la Republika Srpska pour la Serbie et les Balkans du centre dans leur défense multipolaire.

Progression chronologique de la division ouest/centre des Balkans

La conception de la stratégie concernant les Balkans ne s’est pas faite du jour au lendemain et il est utile d’éclairer les événements clés qui ont menés à sa conceptualisation. Le catalyseur de cette création fut l’effort du monde unipolaire de diminuer la Serbie et l’enchaîner, ainsi que la Macédoine, à l’UE comme un trou perdu de la politique et une annexe économique (“Nouvelle Bulgarie”), tandis que la Grèce s’est toujours pensée en dehors de la “pensée dominante” européenne et s’est historiquement comporté comme un pont entre l’Est et l’Ouest. La liaison entre la résistance serbe et macédonienne avec l’incompatibilité identitaire vis-à-vis d’une “européanisation” forcée (manifestée aujourd’hui par une sévère austérité) a fourni le mélange parfait à ces peuples pour faire sécession des Balkans de l’ouest unipolaires et hâter leur incorporation stratégique au sein des Balkans centraux multipolaires, axés autour du Balkan Stream.

La chronologie qui suit se concentre sur la violence géopolitique à l’encontre de la Serbie et de la Macédoine, puisque les tragiques événements qui ont eu lieu dans ces pays mettent en évidence les décisions de politique étrangères qui finiraient par les mener à un partenariat avec la Russie et un alignement sur le monde multipolaire:

Avant 1991:

La Serbie constituait le centre de gravité de la Yougoslavie, et donc de l’intégralité des Balkans de l’ouest.

1991-1994:

La Yougoslavie commença durant ces années à se désintégrer, la Croatie servant de paravent pour l’accélération de ce processus. Le nettoyage ethnique ainsi que le génocide des Serbes en Croatie et en Bosnie menèrent à la diminution des territoires peuplés par ceux-ci et, par conséquent, ces terres furent gardées par les anciennes républiques formant la Yougoslavie et non pas réintégrées au sein de la Serbie.Des territoires qui auraient pu être inclus dans les Balkans du centre (dans le sens où ils étaient peuplés de Serbes) restèrent dans leur zone géographique des Balkans de l’ouest et furent ensuite formellement ou de-facto incorporés dans l’OTAN, ceci créant une des étapes de la rupture entre les Balkans de l’ouest et du centre.

1994:

Les accords de Dayton représentent un arrêt temporaire des campagnes pour diviser la Serbie mais, dans le même temps, son gouvernement fut diabolisé et des plans furent dressés pour la phase suivante de déstabilisation; le redessinage formel de ses frontières internationalement reconnues ainsi que l’essai d’une nouvelle méthode de changement de régime, la révolution colorée.

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Ruines d’une église chrétienne orthodoxe au Kosovo

1999:

L’OTAN lance réellement son agression contre la Serbie (Encore connue comme la Yougoslavie) dans le but de voler le Kosovo, berceau de la civilisation serbe, et de placer une base stratégique au cœur des Balkans du centre. C’est à ce moment que la Croatie a transmis le flambeau de la déstabilisation anti-serbe à son partenaire albanais, et Tirana devint  la première base avancée des Etats-Unis dans la région. Les USA ont également démontré pour la première fois qu’ils comptaient utiliser la force dans le but de créer la Grande Albanie, un client politiquement très utile ainsi qu’une anticipation de l’unipolarité des Balkans.

2000:

Les USA renversent Slodoban Milosevic en testant avec succès la première Révolution Colorée (la “révolution bulldozer”), une technologie politique qui serait plus tard perfectionnée en d’autres endroits et ramenée quinze ans plus tard dans les Balkans pour être déployée en Macédoine.

2001:

La déstabilisation albanaise en Macédoine culmine avec une intervention “légère” de l’OTAN et la ratification des accords Orhid, qui garantissent à la minorité albanaise les privilèges les plus larges que puisse avoir une minorité au monde. Cela les laisse aussi susceptibles d’être manipulés par les forces politiques de l’ouest. Les attentes de ce dernier à cet instant étaient que cela créerait un haut levier de pression permanent qu’ils pourraient utiliser pour déstabiliser la Macédoine indépendante et la ramener à la soumission unipolaire.

2006:

Le Monténégro vote en faveur de son indépendance de la Serbie (encore appelée Yougoslavie) et devient le dernier membre constituant les Balkans de l’ouest sous domination américaine.

2008:

La province occupée du Kosovo déclare unilatéralement son indépendance comme il lui a été demandé par ses occupants, ceci afin de “légitimer” leur présence dans cette région et de laisser perpétuellement la Serbie et la Macédoine sur le qui-vive. C’est aussi la représentation de l’unipolarisation des Balkans de l’ouest (unipolaires) au cœur des Balkans du centre.

2009:

 Les deux principaux partenaires des USA dans les Balkans, l’Albanie et la Croatie, entre tous deux dans l’OTAN, ce qui est la plus récente expansion de ce bloc militaire, et qui n’est certainement pas une coïncidence. Les USA récompensent ainsi ses deux alliés pour leur déstabilisation de la Serbie, l’ancien cœur des Balkans, et les protège par des traités d’assistance mutuelle pour toutes les provocations futures qu’elles tenteraient contre la Serbie (ou dans le cas de l’Albanie, également contre la Macédoine)

2000-2010:

Belgrade et Skopje déclarent formellement vouloir intégrer l’UE et l’OTAN, cependant que leurs fiertés respectives refusent de reconnaître “l’indépendance” illégalement déclarée du Kosovo et son changement constitutionnel les ont gardés à la périphérie de ces processus et ont ralenti leurs ambitions euro-atlantiques. Ceci les a mené à reconsidérer leurs trajectoires géopolitiques et finalement les a rendus sensibles au pivot multipolaire qu’ils ont embrassé quand ils ont signé un partenariat avec la Russie dans la construction du Balkan Stream. La leçon a retenir est que le non-respect pas l’Ouest pour les législations domestiques, souverainetés et indépendance de ces états, ce qui a mené à ce qu’on peut définir avec du recul comme la première “révolte” contre l’UE. Ces deux pays sont les deux seuls à se dresser, de par leur identité, à refuser d’être tyrannisés par Bruxelles, alors que tous les autres membres (y compris ceux en “révolte” comme la Grèce) ont dû à un moment sacrifier leur propres conceptions pour faire partir d’un grand “tout”.

2015:

Rassemblement antigouvernemental à Skopje, le 17 mai 2015

Rassemblement antigouvernemental à Skopje, le 17 mai 2015

Après avoir été accusé de fomenter un coup d’état en janvier, Zaev (leader de l’opposition de gauche) réagit en initiant sa tentative de révolution colorée en Macédoine. Plus tard en avril, le premier ministre albanais Edi Rama déclara officiellement son intention de créer la Grande Albanie, et à la fin de ce mois, la petite ville macédonienne de Gosince fut le théâtre d’une attaque terroriste-test par l’Armée de Libération du Kosovo, groupe séparatiste terroriste.Quelques jours plus tard, une attaque  surprit la ville de Zvornik, située en Republika Srpska probablement utilisé pour envoyer  un signal de menace indirect envers la Serbie. Un peu plus d’une semaine après, la ville de Kumanovo, au nord de la Macédoine, fut la scène d’une attaque terroriste meurtrière par l’ALK qui représente le premier coup de la campagne pour une Grande Albanie, pilotée par les Américains contre le gouvernement pragmatique du pays et le projet d’oléoduc russe Balkan Stream.

A suivre…

Andrew Korybko est analyste politique et journaliste pour Sputnik qui vit et étudie actuellement à Moscou, en exclusivité pour Oriental Review.

Traduit par mes soins, l’original est disponible ici. Merci de me citer en cas de réutilisation.


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