Posted by: petokask | September 15, 2012

L’ombre de Mammon!

Le gouvernement français faisant tout pour gommer les références à la Nation et à l’identité a censuré un poème de Frédéric Mistral exhaltant la Provence et les provençaux!!
Je le poste ici pour suivre l’exemple donné par Place du marché
Au Pople nostre À notre Peuple

Paure pople de Prouvènço, Pauvre peuple de Provence,
Sèmpre mai entamena. Toujours plus abîmé.
Sènso sousto ni defènso, Sans abri ni défense,
Is óutrage abandouna ! Abandonné aux outrages !

A l’escolo te derrabon A l’école ils arrachent,
Lou lengage de ti grand La langue de tes parents,
E toun desounour acabon, Et pour ton déshonneur ils finissent,
Pople, en te desnaturant. Peuple, en te dénaturant.

Di vièi mot de toun usage Des vieux mots de ton usage
Ounte pènses libramen Où tu penses librement
Un arlèri de passage Un fou de passage
T’enebis lou parlamen. T’interdit de les parler.

Te mastrouion li cervello, Ils te pétrissent le cerveau,
T’endóutrinon coume un niais, Ils t’endoctrinent comme un niais,
Pèr fin que la manivello Pour qu’à la fin la manivelle
Vire tóuti au meme biais. Tourne pour tous de la même manière.

Toun Istòri descounèisson, Ils ne connaissent pas ton Histoire,
Te la conton d’à rebous ; Ils te la racontent à l’envers ;
E te drèisson, te redrèisson Ils te dressent, te redressent,
Tau qu’un pople de gibous. Comme un peuple de bossus.

Te fan crèire que sa luno Ils te font croire que leur lune
Briho mai que toun soulèu, Brille plus que ton soleil,
E toun amo s’empaluno, Et ton âme s’enfonce dans le bourbier,
Aplatido em’un roulèu. Aplatie par un rouleau.

Te fan crèire que ti paire Ils font croire à tes pères
N’an jamai rèn fa de bon Qu’ils n’ont jamais rien fait de bon
E, reguergue à l’usurpaire, Et, très fâcheux, à l’usurpateur,
Jamai res que ié respond ! Jamais personne ne répond !

Ti bèlli cansoun bouniasso, Tes belles chansons sans malice,
Lis óublides, o badau ! Tu les oublies oh, naïf !
Pèr li vilanié bestiasso Pour les viles bêtises
Que te plovon d’amoundaut. Qui te tombent d’en haut.

Sabes plus ourdi ti fèsto, Tu ne sais plus commencer tes fêtes,
Sabes plus jouga ti jo : Tu ne sais plus jouer tes jeux :
Pièi quand as chanja de vèsto, Puis quand tu as changé de veste,
Rèstes pigre coume Jo. Tu restes pauvre comme Job.

E pamens es tu la mena, Et cependant c’est toi la voie,
Lou grouün de la nacioun, Le germe de la nation,
Ounte Aquéu d’amount semeno Où Celui là-haut sème
Soun èterno creacioun. Son éternelle création

Tu, sauvant lis abitudo Toi, sauvant les habitudes
E lou gàubi dou Miejour, Et l’art de faire du Midi,
Sauves la coumparitudo Tu sauves l’égalité
De la raço e dóu sejour. De notre nation et du savoir vivre.

Nosto lengo e si prouvèrbi Notre langue et ses proverbes
An soun nis à toun fougau Ont son nid à ton foyer
E nous gardes la supèrbi Et tu veille l’orgueil
De ti fiho que fan gau. De tes filles qui font notre joie.

Pèr te faire dire seba Pour te faire dire « assez »
Tout te cougno : mai, testard, Tout te pousse : mais, têtu,
Rèn qu’em’ un fuiet de cebo Rien qu’avec une feuille d’oignon
Te remountes bon sóudard. Tu remontes bon soldat.

Tu soulet foses la terro Toi seul tu laboures la terre
E rebroundes l’óulivié Et tu retailles l’olivier
Cerques lou bonur ounte èro Tu cherches le bonheur où il était
E la joio ounte n’i’ avié, Et la joie où il y en avait,

Quand li gènt se countentavon Quand les gens se contentaient
De crussi lou pan d’oustau De manger le pain fait maison
E que tout lou jour cantavon Et que toute la journée ils chantaient
Sus l’araire e lou dentau. Sur la charrue et le sep.

Mai, bèu pople, lou pos vèire Mais, beau peuple, tu peux les voir
Li rasclet, li margoulin, Les raclures, les margoulins,
Que mespreson vuei si rèire Qui méprisent leurs anciens
Noun se croumpon de moulin. Ils n’investissent dans rien.

Memamen l’aucèu de gàbi Et même l’oiseau en cage
Qu’a de grano soun sadou, Qui a de la graine à volonté,
Fau que more de l’enràbi Il faut qu’il meure de rage
Davans soun abéuradou. Devant son abreuvoir.

Que ta visto donne s’alargne, Que ta vue prenne de la largeur,
Pople, sus toun païs dous, Peuple, sur ton pays doux,
Car se dis qu’un chin de pargue Car on dit qu’un chien de parc
Sus sa sueio n’en bat dous. En bat deux devant sa porte.

Fose ti can toun, refose Enfouis tes difficultés, enfouis les encore
Parlo fièr toun prouvençau, Parle fier ton provençal,
Qu’entre mar, Durènço e Rose Qu’entre mer, Durance et Rhône
Fai bon viéure, Diéu lou saup ! Il fait bon vivre, Dieu le sait !

Frederi MISTRAL, Janvié 1905


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