Le premier ministre russe Dimitri Medvedev a effectué un voyage en Bulgarie début mars.

La visite du premier ministre avait pour but d’explorer la possibilité d’extension du gazoduc Turkstream à ce pays des Balkans et à partir de là vers la Serbie et les pays d’Europe centrale, ce qui dépend de l’obtention par Sofia de garanties juridiques fermes de la part de Bruxelles de manière à éviter une répétition du fiasco du gazoduc Southstream (qui a donné vie au projet actuel). Ce voyage a coïncidé avec les célébrations du Jour de la Libération par lequel la Bulgarie se remémore son combat pour la liberté contre l’Empire ottoman, aidée par la Russie, ce qui en faisait une occasion très sombre et un moment idéal pour la visite de tout dirigeant russe. les liens entre les deux pays slaves ont traditionnellement été forts, bien qu’ils aient chacun eus leurs part de problèmes, notamment durant la seconde guerre mondiale où ils se sont trouvés dans des camps opposés.

La complexité des relations russo-bulgares explique qu’il soit plus facile à dire qu’à faire de proposer une extension du Turkstream vers la Bulgarie, compte tenu en particulier du contexte récent dans lequel cet état balkanique est devenu un protectorat conjoint des États-Unis et de l’UE et n’est pratiquement plus qu’un de leurs vassaux. Cela dit, cela témoigne du désir sincère des autorités bulgares de défendre les intérêts de leur pays en essayant même d’aller de l’avant avec cette option. Il est évident que l’UE a besoin d’énergie et, même si elle préférerait se diversifier davantage de son fournisseur russe pour des raisons politiques ou tout au moins conserver le transit par pipeline via l’Ukraine, elle pourrait être disposée à accepter le TurkStream car elle n’en a pas d’autre options réalistes à sa disposition. L’allié de la Bulgarie, les USA, est toutefois clairement opposé à cette idée, dans la mesure où elle envisage de vendre du gaz naturel liquéfié plus coûteux au continent.

TurkStream-in-Bulgaria.jpgOn peut donc dire qu’une lutte d’influence se déroule actuellement en Bulgarie. L’UE pourrait tirer parti de son poids économique et institutionnel dans le pays pour promouvoir l’extension du TurkStream vers «l’Europe continentale» depuis la Turquie, tandis que les États-Unis pourraient s’appuyer sur leur influence militaire par le biais de l’OTAN et des autorités nationales placées sous sa domination pour tenter d’empêcher que cela ne se produise. Au milieu de tout cela, il y a évidemment des décideurs bulgares qui, malgré leurs fautes politiques et leur loyauté envers l’un ou l’autre de leurs mécènes, tiennent toujours à leurs intérêts nationaux et comprennent à quel point il est important pour leur pays que cette initiative russe aboutisse. Des progrès ont déjà été accomplis dans cette direction. Reste à savoir qui sera le vainqueur dans cette lutte pour l’influence, mais la Bulgarie vient de devenir un important champ de bataille de la nouvelle guerre froide.

Le présent texte est la transcription partielle du programme Context Countdown de Sputnik News, émis vendredi 8 mars 2019:

Traduit du site Oriental Review par mes soins. Merci de me citer en cas de réutilisation.

Advertisements
Posted by: petokask | March 26, 2019

L’idée de l’unification yougoslave (III)

Partie I, Partie II

Les mouvements de jeunesse yougoslaves

L’idée de l’unification yougoslave est devenue une force idéologique de premier plan de plusieurs mouvements de jeunesse parmi tous les Yougoslaves, que ce soit ceux qui vivaient en Serbie et au Monténégro indépendants ou ceux qui vivaient en Autriche-Hongrie. Leur inspiration idéologico-politique était un mouvement d’unification pan-italien – la jeune Italie (La Giovane Italia), créé par Giuseppe Mazzini en 1831 en France.

Les mouvements de jeunesse yougoslaves ont prospéré entre 1903 et 1914 en ayant des noms régionaux ou autres, mais pas exclusivement ethniques, dans diverses régions yougoslaves comme Omladina (Jeunesse), Mlada Bosna (Jeune Bosnie), Mlada Dalmacija (Jeune Dalmatie), etc.[1] Le général autrichien d’origine ethnique slovène, Oscar Potjorek, a introduit le terme « Jungslawen » comme nom commun pour tous ces mouvements de jeunes yougoslaves. Sa notification était que le souhait politique le plus important de ces mouvements pro-yougoslaves était d’établir un seul Etat slave du Sud/yougoslave.[2]

L’apparition du magazine Slovenski jug (Le sud slave) en 1903 à Belgrade marqua un tournant dans le processus de prise de conscience des mouvements de jeunes yougoslaves. Ce magazine devint dans les faits un point de rencontre central pour les soutiens de l’idée yougoslave et de l’unification des slaves du sud. Conjointement avec une organisation culturelle distincte mais portant le même nom, le magazine propagea l’idée d’une intégration culturelle de tous les yougoslaves dans le respect de leurs différences ethniques, confessionnelles et historiques. En fait, ces mouvements avaient comme idée politico-nationale majeure une unification spirituelle yougoslave au sein d’une fédération politique yougoslave.[3] Le slogans les plus importants furent: “Union des slaves du sud” et la “révolution dans les terres occupées”. Le premier congrès jeune pan-yougoslave s’organisa à Belgrade en 1904. Trois ans plus tard, toujours à Belgrade, l’Organisation Révolutionnaire Yougoslave est fondée, avec pour but, selon ses statuts, pour l’état fédéral yougoslave avec des provinces autonomes. De plus, s’organisa à Prague en 1910 l’Association des Clubs Yougoslaves avec l’idée centrale de créer une union culturelle yougoslave.[4] Les étudiants serbes et croates de Vienne et Prague fondèrent une nouvelle organisation en décembre 1911 sous le nom Jeunesse Nationale serbo-croate. leur idée nationale était serbo-croate; leur nationalité était serbo-croate.[5]

La dernière union des différents mouvements de jeunesse yougoslave au sein d’une seule organisation fut scellée dans la maison de l’écrivain croate Oscar Tartalja à Split (Dalmatie) le 16 mars 1913. En mai de cette même année, un magazine pro-yougoslave de propagande sur l’idée d’unification yougoslave – Ujedinjenje (Union) commença à paraître, édité par la même organisation pan-yougoslave. L’un des buts premiers de cette organisation était de préparer une révolution nationale yougoslave prévue pour 1917 afin de gâcher le cinquantenaire de l’accord politico-national austro-hongrois – Aussgleich (1867).[6]

En fait, l’idée d’une unification yougoslave était acceptée par une audience beaucoup plus large au sein des slaves du sud, particulièrement parmi les pro-yougoslaves vivant en Autriche-Hongrie, après la libération des terres des slaves du sud de la domination ottomane par la Serbie et le Monténégro en 1913 durant les guerres balkaniques.[7]

Le national-chauvinisme anti-serbe croate et la yougoslavophobie

Il est nécessaire de passer en revue les attitudes face à la question de l’unification yougoslave par les principaux partis politiques croates d’opposition siégeant au parlement croato-slavonien (Sabor) à Zagreb. L’élément principal de leurs programmes et propagandes était un chauvinisme anti-serbe suivi par une yougoslavophobie pour le bien de la création d’une Croatie plus grande et ethniquement purifiée.

Le parti croate le plus national-chauvin fût le Parti Croate des Droits (Hrvatska Stranka Prava), dirigé par le croatophile Ante Starčević, un homme extrêmement serbophobe. Le principal objectif politique de ce parti était de créer une grande Croatie indépendante, libre, unie et nettoyée ethniquement sur la base des droits ethnolinguistiques et historiques des croates et, par conséquent, incluant la Croatie, la Slavonie, la Dalmatie, la Bosnie-Herzégovine et des parties de la Serbie, du Monténégro et de la Slovénie. Ce but politique est devenu plus radical lorsque Josip Frank a pris la direction du parti. Les revendications politiques de J. Frank étaient de créer une province distincte nationale et administrative croate unie mais au sein de l’Autriche-Hongrie en incluant toutes les terres slaves du Sud de l’Autriche-Hongrie dans une grande Croatie. Par conséquent, la politique d’austro-yougoslavisme de J. Frank était au service direct des desseins géopolitiques austro-hongrois dans les Balkans.

Néanmoins, pour les idéologues croates de l’ultradroite au tournant du XXe siècle, la Croatie devrait annexer et incorporer dans une province administrative croate unie et unique de l’Autriche-Hongrie; d’abord toutes les terres « historiques » croates (Croatie, Dalmatie, Rijeka, Istrie, Dubrovnik, Slavonie, Monténégro, Bosnie, Herzégovine, Međumurje, Srem et Bačka) puis reste des terres colonisées par les Slaves du Sud dans la double monarchie.

Pourtant le slogan initial du parti croate des droits était “ni sous Vienne ou la peste mais pour l’état libre et indépendant de Croatie”. Tout compromis avec l’Autriche-Hongrie était impossible pour la fondateur du parti (1861) – Ante Starčević, qui se battait pour la création d’une grande Croatie mais hors de la monarchie bicéphale ou alors avec une union personnelle avec cette monarchie. Pour lui, cette grande Croatie devait annexer la Slovénie, la Bosnie, l’Herzégovine, le Međimurje, la frontière militaire, Rijeka, la Dalmatie, la Slavonie et l’Istrie. Il était également le créateur del’idée que les croates les plus purs vivaient en Bosnie-Herzégovine.[8] Dans ses premières années d’activité, au regard du problème d’identité nationale des croates, Ante Starčević écrivit en 1867 le fascicule Bi-li k Slavstvu ili ka Hrvatstvu (De la domination slave ou de la domination croate) dans lequel il présentait l’opinion que le nom slave était une construction artificielle. Selon lui, les croates ne pouvaient qu’être croates, ni slaves ni yougoslaves.[9] Pour lui, l’idée yougoslave était seulement un masque pour la politique (orthodoxe) pan-slave russe qui était un danger pour l’intérêt national croate (Catholique romain). Ante Starčević ne fût pas seulement “le père de la nation croate”[10] mais également le concepteur idéologique d’une politique extrêmement anti-serbe, appelant ouvertement à un génocide des serbes au sein des territoires de la Croatie “ethnohistorique”, ce qui fût fait en réalité durant la seconde guerre mondiale sur le territoire de l’Etat Indépendant Croate.[11]

Toutefois, Ante Starčević démissionna en 1895 du parti en raison de désaccords internes entre les dirigeants du parti et fonda un nouveau parti, le parti croate des droits purs (Čista hrvatska stranka prava). Après sa mort en 1896, Josip Frank pris la tête de ce parti, devenant le nouveau champion de cette idéologie antiserbe qui se répandait parmi les croates. Cependant, contrairement à A. Starčević, parrainé politiquement et financièrement par les autorités autrichiennes, J. Frank prônait la création d’une “Grande Croatie au sein d’une Grande Autriche”[12] mais sans être un état indépendant hors des frontières de l’Autriche-Hongrie, ce que Ante Starčević espérait. Par conséquent, toute idéologie yougoslave non parrainée par les autorités d’Autriche-Hongrie (comme l’austro-yougoslavisme) était inacceptable pour J. Frank et son parti.

C’est pour cela que pendant qu’Ante Starčević travaillait sur la dissolution de l’Autriche-Hongrie, en tant que principal ennemi extérieur à la réalisation de l’intérêt national croate (les serbes ont été, selon lui, l’ennemi interne crucial de la Croatie)[13], J. Frank a travaillé sur la préservation et même le renforcement de l’Autriche-Hongrie comme le meilleur protecteur de l’intérêt national croate. La direction du Parti croate des droits purs n’a jamais adopté d’attitude positive à l’égard de l’unification slave du Sud sous la forme d’un État indépendant. De plus, J. Frank (qui n’était pas d’origine slave) avait une forte attitude anti-slave (et surtout anti-serbe) et travaillait ouvertement en faveur du régime Rauch en Croatie-Slovénie (1908-1910) contre les Serbes à l’intérieur de l’Autriche. . .La Hongrie, qui possède ses propres légions paramilitaires armées (les « Légions de Frank »)[14] pour la terreur des Serbes.

Le parti croate des droits purs de J. Frank est devenu après l’assassinat de Sarajevo (28 juin 1914) une organisation politique et paramilitaire serbophobe croate plus forte, appelant à la guerre contre la Serbie, avec l’espoir de créer une grande Croatie au sein de l’Autriche-Hongrie après la guerre.[15] La guerre contre la Serbie avait un but politique très pratique : contrecarrer la création de la Yougoslavie dirigée par la Serbie. En général, l’idéologie anti-yougoslave de J. Frank était encadrée par la propagande selon laquelle le yougoslavisme était une conspiration serbe contre la Croatie et l’Autriche-Hongrie pour créer une grande Serbie avec les terres austro-hongroises de Dalmatie, la Croatie, la Slavonie et la Bosnie-Herzégovine.[16]

Cependant, d’un autre côté, le Parti croate des droits d’Ante Starčević, qui a été séparé du parti croate des droits purs de J. Frank juste avant la Première Guerre mondiale,  a adopté pendant la Grande Guerre de 1914-1918 une attitude politique en faveur de la dissolution de la double monarchie et, par conséquent, a préféré une création de l’état commun des slaves du sud comme la solution optimale pour servir l’intérêt national croate. Pendant la campagne antiserbe de Zagreb en 1914, le Hrvat, journal du Parti croate des droits d’Ante  Starčević, était ouvertement du côté serbe et intercédait en faveur de l’unification yougoslave. Par exemple, le Hrvat a publié plusieurs articles dans lesquels les socialistes, les anarchistes, les hongrois, et la franc-maçonnerie ont été accusés d’être les organisateurs de l’assassinat à Sarajevo en 1914, mais pas la Serbie. En ce qui concerne l’unification yougoslave, l’article le plus important de cette revue a été publié le 4 juillet 1914 sous le titre « Principe national » dans lequel l’idée de l’unification ethnopolitique slave du Sud a été soutenue.

Conclusions

Les Serbes et les Croates ont été le pilier central d’un État yougoslave commun créé en 1918 et réapparu en 1945. La partie centrale de l’idéologie du yougoslavisme fût en permanence l’idée que ces deux nations possédaient beaucoup plus de similitudes que de différences.Il est vrai que les fondements ethniques à partir desquels les serbes et les croates se sont développés ont été très semblables. Il y avait de nombreuses régions de l’ex-Yougoslavie où ces deux nations vivaient ensemble, et la similitude se voyait dans les langues serbes et croates normalisées de la première moitié du XIXe siècle. Cependant, en dépit du fait que les Serbes et les Croates ordinaires se marient et ont beaucoup d’autres contacts, les différences ethnoculturelles entre eux ont toujours existé, principalement en raison de leur orientation confessionnelle différente. En substance, les serbes et les croates se sont délimités selon leur appartenance religieuse : les catholiques romains sont devenus les croates et les orthodoxes sont devenus les serbes (les musulmans bosniaques-herzégoviniens sont aujourd’hui appelés les Bosniaques). En tant que minorité en Croatie, en Slovénie et en Dalmatie, les serbes orthodoxes se sont sentis menacés par l’assimilation dans la majorité croate catholique romaine, ce que l’église catholique s’employait à accomplir. Par conséquent, les serbes habitant à l’extérieur de la Serbie préféraient plutôt une sorte de Yougoslavie où les serbes auraient une majorité simple pour garantir la protection de l’identité ethnique serbe. Les croates, par contre, ont exigé des serbes en Dalmatie, en Croatie et en Slovénie qu’ils se sentent unis à la Croatie comme leur patrie plutôt que de voir la Serbie comme leur mère-patrie.[17] Pour les Croates, une Yougoslavie post-guerre n’était qu’une option politique temporelle afin de protéger leurs territoires historiques et ethniques autoproclamés de la politique irrédentiste italienne et hongroise. Par la suite, les Serbes ou les Croates ont eu besoin de la Yougoslavie uniquement pour des raisons très pratiques, mais pas en raison de convictions idéologiques profondes sur une origine ethnique serbo-croate commune, de réciprocité et de solidarité.

L’idée de l’union des slaves du Sud ou seulement des yougoslaves (les slaves du Sud sans les bulgares) dans un seul État national avait des racines relativement profondes dans le développement historique des idées politiques parmi les slaves du Sud vu qu’elle remonte à 1794. Cette idée comportait plusieurs étapes de développement, mais, fondamentalement, les partisans de l’« idée de l’Union » la comprenaient avant tout comme une coopération culturelle, nationale et politique serbo-croate, la réciprocité, la solidarité et, enfin, l’unification (politique) en tant que « colonne vertébrale » de toute forme d’organisation d’un État slave du Sud (avec ou sans les Bulgares). L’idée a été imaginée pour être réalisée en deux phases :

  1. L’unification yougoslave (les serbes, les croates et les slovènes).
  2. L’unification des slaves du sud (les yougoslaves et les bulgares)

Cependant, historiquement, il y avait deux idées du yougoslavisme : l’autrichien et le slave du Sud. Le premier prônait la solution de la question yougoslave au sein de l’Autriche (Autriche-Hongrie de 1867) tandis que le second à l’extérieur de la monarchie bicéphale. L’idée qui l’emporterait dépendait principalement du résultat du conflit militaire entre l’Autriche-Hongrie et la Serbie. Enfin, la deuxième option a été réalisée en raison des résultats de la Grande Guerre dans laquelle l’Autriche-Hongrie a disparu en tant qu’État.

Il ne fait aucun doute que la Serbie et les serbes en général, sont ceux qui ont le plus souffert pendant la Première Guerre mondiale de tous les slaves du Sud et la Serbie, en tant qu’état, a payé le prix le plus élevé pour l’unification yougoslave y compris en sacrifiant son statut d’état et son indépendance internationalement reconnue pour un état nouvellement établi qui est devenu dans la pratique un patchwork de différences historique, culturel, régional, ethnique, et idéologiques indépassables. Il est apparu dès le début de l’existence dece nouvel Etat (le Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes, à partir de 1929 le Royaume de Yougoslavie) qu’il serait impossible d’organiser un État fonctionnel en raison de ses nombreuses différences simplement par l’imposition de l’idéologie d’un « yougoslavisme intégral ».[18]

Notes:

[1] Milorad Ekmečić, Stvaranje Jugoslavije 1790–1914, vol. II, Beograd, 1989, p. 523.

[2] “General Potjorek to Bilinsky”, Sarajevo, July 1st, 1914, Archives de Bosnie et Herzégovine, Sarajevo, Fond ZMF, 778; Đuro Šurmin, “Jugoslovenska omladina posle aneksije BiH 1908”, Kalendar “Sv. Sava”, Zagreb, 1934, p. 4; Tin Ujević, Borba nacionalističke omladine, Beograd, 1930, p. 88.

[3] Milorad Ekmečić, Stvaranje Jugoslavije 1790–1918, vol. II, Beograd, 1989, pp. 537–538.

[4] Ivan Janez Kolar, Preporodovci 1912–1914, 1914–1918, Kamnik, 1930, p. 167.

[5] Dr. Jaroslav Šidak, Dr. Mirjana Gross, Dr. Igor Karaman, Dragovan Šepić, Povjest hrvatskog naroda 1860–1914, Zagreb, 1968, “Hrvatski narod u razdoblju od g. 1903 do 1914”, p. 106.

[6] Pero Slijepčević, Mlada Bosna, “Napor Bosne i Hercegovine za oslobođenje i ujedinjenje”, Sarajevo, 1929, p. 192.

[7] Sur le rôle de la Serbie et du Monténégro dans les guerres balkaniques de 1912−1913, voir [Борислав Ратковић, Митар Ђуришић, Саво Скоко, Србија и Црна Гора у Балканским ратовима 1912−1913, Друго издање, Београд, 1972].

[8] Trpimir Macan, Povijest hrvatskoga naroda, II. izdanje, Zagreb, 1992, p. 300.

[9] Franjo Tuđman, Hrvatska u monarhističkoj Jugoslaviji, Knjiga I, Zagreb, 1993, p. 31.

[10] L’un des plus importants poètes de son temps, Silvije Strahimir Kranjčević, dédia son poème à Moïse spécialement à Ante Starčević, vu à ses yeux comme le sauveur de la nation croate[Ivo Goldstein, Croatia: A History, London, 1999, pp. 98−99].

[11] ibid., pp. 135−140.

[12] Riječki Novi list, V/1911, No. 301, December 19th, 1911.

[13] Mirjana Gross, Agneza Szabo, Prema hrvatskome građanskom društvu: Društveni razvoj u civilnoj Hrvatskoj i Slavoniji šezdesetih i sedamdesetih godina 19. stoljeća, Zagreb, 1992, 157−170.

[14] Frano Supilo, Politika u Hrvatskoj, Zagreb, 1953, pp. 206–208; Antun Radić, Sabrana djela,vol. XVIII, Zagreb, 1938, pp. 187, 335–336.

[15] Pour plus d’informations, voir [Većeslav Wilder, Dva smjera u hrvatskoj politici, Zagreb, 1918].

[16] Josip Horvat, Politička povijest Hrvatske, Prvi dio, Zagreb, 1990, p. 282.

[17] Ivo Goldstein, Croatie, une histoire, London, 1999, pp. 93−94.

[18] Andrej Mitrović, Prvi svetski ratPrekretnice novije srpske istorije, Kragujevac, 1995, p. 89.

Traduit par mes soins du site Oriental Review. l’original est disponible ici. Merci de me citer en cas de réutilisation.

Posted by: petokask | March 25, 2019

L’idée de l’unification yougoslave (II)

Partie I

Les congrès slaves

L’idée de l’unification politique des slaves du sud fût sans aucun doute une part d’un mouvement d’idéologie pan-slave plus large. Pour le prouver, le drapeau officiel de toutes les formes de Yougoslavie (de 1918 à 2003) était, en fait, un insigne du mouvement pan-slave du 19ème siècle dont l’hymne a par ailleurs été l’hymne officiel de la Yougoslavie socialiste (“Hey Slavs” ou “Hej Slaveni“).

La première expression politique claire d’une idée pan-slave de réciprocité, de solidarité et de possible unification se trouve lors du premier congrès slave qui s’est tenu à Prague du 5 mai au 3 juin 1848. C’est un événement pan-slave historique qui a encouragé une idée d’union slave et, particulièrement, la solidarité et la réciprocité des slaves du sud au sein des Balkans. Les députés du congrès décidèrent que l’intégrité territoriale de l’Empire d’Autriche devait être préservée mais parallèlement exprimèrent que l’autonomie nationale, territoriale et administrative du peuple slave au sein de l’empire devait être établi et respecté par Vienne. Une section yougoslave composée de délégués de Slovénie, de Croatie, de Dalmatie et des régions du sud de la Hongrie peuplées de serbes (la province de Voïvodine dans la Serbie d’aujourd’hui) a participé aux sessions du Congrès. Le congrès reçut de la délégation yougoslave la proposition de remplacer le nom illyrien par le nom yougoslave pour le territoire des slaves du sud.[1]

austria-hungary_orig

L’Autriche-Hongrie en 1848

Le premier congrès yougoslave ( des slaves du sud de l’Autriche-Hongrie) se tint à Laibach (Ljubljana) du 1ier au 3 décembre 1870. La décision centrale de ce congrès fut de statuer que les slaves du sud au sein de l’Autriche-Hongrie devaient négocier avec les Hongrois la modification du système dual existant (établi en 1867). Selon cette proposition austro-yougoslave, un système fédéral double (austro-hongrois) devait être transformé en un système fédéral triple (austro-hongro-slave) par la reconnaissance d’une partie slave distincte, un élément fédéral autonome au sein des domaines des Habsbourg.[2] Au même moment, un parti politique majeur en Croatie, Slavonie, Dalmatie – un parti national croate, publia une déclaration dans laquelle il annonçait que “le but ultime des désirs communs et du travail des Serbes, des Bulgares, des Slovènes et des Croates devrait être leur unification dans la communauté indépendante, libre, populaire et yougoslave”.[3]

La coopération serbo-croate

Après la chute de l’absolutisme au sein de l’Empire d’Autriche, l’unification politique yougoslave fût soutenue par le prince serbe Mihailo Obrenović III (1860-1868) qui travailla sur la création d’une alliance politico-militaire des nations balkaniques en vue d’une guerre contre l’Empire ottoman ou l’Empire d’Autriche, suivant la situation géopolitique de la région. Dans les faits, cette guerre devrait prendre la forme d’une révolution générale balkanique pour la libération nationale de tous les slaves du sud avec le but politique de créer un empire yougoslave depuis les Alpes jusqu’à la Mer Noire, la Serbie servant de Piémont. En substance, le dessein politique du prince Obrenović pour le yougoslavisme poursuivait trois buts focaux:

  • D’expulser l’Empire ottoman d’Europe.
  • De déjouer la politique impérialiste autrichienne dans les Balkans, principalement au regard des plans autrichiens d’annexion la Bosnie-Herzégovine, majoritairement peuplée de serbes.[4]
  • De créer un état national des slaves du sud suivant le principe “les Balkans au peuple des Balkans”.

Sans aucun doute, le prince Obrenović avait l’intention de (ré)établir des états balkaniques et sous-danubiens indépendants sur les ruines de l’Empire ottoman et de l’Empire multinational Habsbourg afin de les relier dans une (con)fédération yougoslave, inspiré en cela par l’unification de l’Italie en 1859-1861. En d’autres mots, un prince serbe a conçu, en tant qu’objectif national principal des slaves du sud et en  coopération avec les représentants nationaux croate et bulgare, la création d’un seul état (con)fédéral yougoslave avec la Serbie comme centre politique.[5] Sa conviction géopolitique principal était que seule une organisation étatique territorialement étendue et nationalement unie pourrait être réellement indépendant dans les Balkans. Cependant, la chance de réussite de ce projet intégrait les slaves du sud comme le peuple le plus important des Balkans.[6]

Il est important de souligner que la publication du premier manifeste politique sur l’unification yougoslave – Srpski narod i njegovo značenje za evropsku civilizaciju (Les serbes et leur importance pour la civilisation européenne d’Imbro Ignjatijević Tkalac, Leipzig, 1853) fût financée par le prince serbe Mihailo Obrenović.[7]

Au cours de la décennie 1860, l’évêque catholique romain Josip Juraj Strossmayer devint une personnalité croate majeure pour la cause de l’unification des slaves du sud, favorisant dans les faits comme but politique l’unification yougoslave au sein de l’Autriche-Hongrie[8] sous la forme d’une grande Croatie. Néanmoins, aussi bien l’archevêque J.J. Strossmayer que le prince Mihailo Obrenović III étaient certains que les slaves du sud sous domination ottomane ne pourraient obtenir leur liberté qu’en cas de défaite militaire de l’Empire ottoman dans une guerre générale contre les Balkans chrétiens orthodoxe, ce qui serait la condition préalable pour l’expulsion finale des ottomans de la péninsule balkanique et d’Europe.[9] En revanche, J.J. Strossmayer, à rebours du pirnce Mihailo Obrenović et du premier ministre serbe I. Garašanin, ne pensait pas que l’Autriche-Hongrie soit le principal opposant à l’achèvement pour la réalisation des objectifs politiques et nationaux libéraux des nations des Balkans[10] et, par conséquent, il se fit l’avocat du maintien de l’intégrité territoriale de l’Autriche-Hongrie.

Ottoman

Carte de l’Empire ottoman 1798-1923

Une expression claire de l’idéologie yougoslave par les croates apparut en juillet 1868 quand J.J. Strossmayer informa l’agent du gouvernement serbe que son parti national croate croyait que le devoir de la Serbie était de libérer la Bosnie-Herzégovine de l’Empire ottoman et, par conséquent, de créer une fondation pour la future unification politique yougoslave.[11] Un projet d’unification yougoslave dessiné par le parti national croate était par essence basée sur l’idée que, dans un processus de lutte pour la création d’un état yougoslave commun, la Serbie devrait assumer le rôle politique et la Croatie le rôle culturel.[12] Le résultat, selon J.J. Strossmayer, serait que la Serbie jouerait le rôle d’un Piémont yougoslave et la Croatie celui d’une Toscane yougoslave.[13]

La question “sub-danubienne”

J.J. Strossmayer, F.Rački, M. Mrazović et les autres dirigeants du parti national croate soutinrent d’abord une union culturelle des slaves du sud, qui deviendrait la base de leur unification nationale et politique future.[14] Toutefois, les serbes pro-yougoslaves et leur homologue croate estimaient que la création d’un État yougoslave commun était la façon la plus optimale de résoudre une « question yougoslave ». dans les Balkans, par l’unification de tous les serbes et les croates en un seul État national et, si possible, en incluant aussi les bulgares et les slovènes. Par exemple, l’idéologue du parti national croate, l’historien reconnu Franjo Rački, était convaincu que les croates “divisés” (vivant au sein de différentes provinces austro-hongroises ainsi qu’en Bosnie-Herzégovine sous domination ottomane) pourraient être unis et s’assurer une indépendance culturelle, nationale et politique uniquement dans l’alliance avec d’autres Slaves du Sud.[15]

Pourtant, une différence cruciale entre les dirigeants politiques serbes et croates, au regard de la création d’un état commun des slaves du sud, fût l’opposition sur la question qui devait jouer un rôle principal dans ce processus. Les politiques serbes réclamaient ce rôle pour la principauté de Serbie alors que leurs homologues croates se voyaient également mener ce rôle. Par conséquent, selon ce qui précède, pour la Serbie, Belgrade serait la capitale d’un état des slaves du sud unifié, tandis que les croates favoriserait Zagreb comme capitale des slaves du sud après l’unification.

Durant les crises diplomatique entre serbes et ottomans en 1862, un politicien serbe originaire de la Voïvodine (Vajdaság), Mihailo Polit-Desančić, proposa un plan politique pour résoudre la “question de l’est” ainsi que la “question sub-danubienne” d’un coup. Suivant ce plan, il fallait créer graduellement un grand état balkanique en trois étapes:

  1. la Grande Serbie, composée de la Bosnie, de l’Herzégovine, du Monténégro, de l’ancienne Serbie (Kosovo-Metohija et Raška/Sandžak) ainsi que de la principauté de Serbie.
  2. La Fédération Yougoslave, composée de la Croatie et de la Serbie (la ligne de démarcation entre la Serbie et la Croatie devait suivre la rivière Vrbas en Bosnie).
  3. La Fédération Balkanique, composée de la Fédération Yougoslave (Serbie et Croatie) ainsi que de la Bulgarie.[16]

Le rôle du “Bismarckisme serbe”

La façon de penser de Mihailo polit-Desančić a été suivie par le premier socialiste serbe, Svetozar Marković, qui a proposé un plan similaire pour résoudre la « question sub-danubienne ». Il a également conçu trois étapes dans le processus de création d’un état commun des slave du Sud dans les Balkans :

  • La création d’une Serbie fédérale.
  • Une fédération bulgaro-serbe (ou Fédération Yougoslave)
  • La Fédération Balkanique.[17]

Un écrivain serbe, Jovan Skerlić, ainsi qu’un érudit connu, Jovan Cvijić, favorisèrent une fédération yougoslave avec la Serbie comme partie centrale. L’un des plus importants du concept de fédération yougoslave avec Belgrade comme capitale fût un historien et linguiste serbe Stojan Novaković qui exprima ses idées fédéralistes dans l’article Nakon sto godina (Après cent ans, 1911).[18]

50496-004-C97672B1

La Yougoslavie au 20ème siècle

En réalité, tous ces politiciens et érudits serbes voyaient la Serbie comme le Piémont soit des yougoslaves (les slaves du sud sans les bulgares) ou tous les slaves du sud (les yougoslaves avec les bulgares).[19] Par conséquent, Belgrade devait jouer le rôle du “bismarckisme serbe”. Les arguments centraux se basaient sur les trois faits suivants:

  1. Seuls les serbes avaient créé des états libres pour les slaves du sud à cette époque -Serbie et Monténégro.
  2. Les serbes étaient majoritaires parmi les slaves du sud et particulièrement parmi les yougoslaves.
  3. Les terres peuplées de serbes avaient le plus gros potentiel économique ainsi que les ressources naturelles les plus abondantes parmi les territoires des slaves du sud.

Il y eut de nombreuses variations du projet d’unification des terres des slaves du sud ou yougoslaves à travers le 19ème siècle. Par exemple, un écrivain serbe, Milan Milojević, publia en 1881 une carte de la grande Serbie mais sous le nom de grande Yougoslavie. Selon lui, une grande Yougoslavie devrait englober les territoires suivants: la Macédoine historique et géographique (jusqu’à la Thessalie), l’ensemble du Banat (vers l’est jusqu’à Arad), Bačka (plein nord vers Szeged) ainsi que toute la Croatie et la Slovénie, y compris la Carinthie, Trieste et quelques territoires au-delà de la rivière Isonzo. De telles frontières de la Yougoslavie furent acceptés par les serbes P.Niketić en 1890 et D.Putniković en 1896 mais sans les terres slovènes.[20] Cependant, dans tous ces projets de grande Yougoslavie, la Serbie était vue comme le Piémont yougoslave avec Belgrade comme “bismarckimse serbe”.

A suivre dans la troisième et dernière partie.

Notes:

[1] Milorad Ekmečić, Stvaranje Jugoslavije 1790–1918, vol. I, Beograd, 1989, pp. 535–536.

[2] Dr. Jaroslav Šidak, Dr. Mirjana Gross, Dr. Igor Karaman, Dragovan Šepić, Povjest hrvatskog naroda 1860–1914, Zagreb, 1968, p. 45.

[3] Milorad Ekmečić, Stvaranje Jugoslavije 1790–1918, vol. II, Beograd, 1989, p. 235.

[4]  Vladimir Ćorović, Borba za nezavisnost Balkana, Beograd, 1937, pp. 99−100; Simo C. Ćirković, Knjaz Mihailo Obrenović. Život i politika, Beograd, 1997, p. 203.

[5] Vasa Čubrilović, Istorija političke misli u Srbiji XIX v., Beograd, 1958, pp.  222–223.

[6] Un accord entre le gouvernement serbe et le comité révolutionnaire bulgare,signé en Roumanie en 1867, anticipa la création de l’Empire yougoslave. En fait, la fédération bulgaro-serbe devait être créé sous le gouvernement de la dynastie serbe Obrenović. Selon l’accord entre la Serbie et le Monténégro, le prince du Monténégro Nikola I Petrović abdiquerait en faveur du prince de Serbie Mihailo Obrenović en cas d’unification politique de la Serbie et du Monténégro [Vasa Čubrilović, Istorija političke misli u Srbiji XIX v., Beograd, 1958, pp. 225–227; Grgur Jakšić, Vojislav Vučković, Spoljna politika Srbije za vreme vlade kneza Mihaila (Prvi balkanski savez), Beograd, 1963, pp. 281–287, 362–369, 452–455].

[7] Milorad Ekmečić, Stvaranje Jugoslavije 1790–1918, vol. II, Beograd, 1989, p. 148.

[8] Vasilije Đ. Krestić, Biskup Štrosmajer u svetlu novih izvora, Beograd, 2002.

[9] Vasilije Đ. Krestić, Srpsko-hrvatski odnosi i jugoslovenska ideja u drugoj polovini XIX veka, Beograd, 1988, p. 136.

[10] ibid.

[11] Milorad Ekmečić, Stvaranje Jugoslavije 1790–1918, vol. II, Beograd, 1989, pp. 238–239.

[12] Dr. Hans Schrekeis, “Introduction” dans la collection de Anton Zollitsch, Josef Georg Strossmayer. Beiträge zur konfessionellen Situation Österreich-Ungarns im ausgehendem 19. Jahrhundert und zur Union sbemühung der Slawen bis in die Gegenwart, Salzburg, 1962, p. 5.

[13] Cette répartition des rôles entre “Piémont serbe” et “Toscane croate” fût faitepar J. J. Strossmayer dans ses lettres au premier ministre anglais [R. W. Seton-Watson, La question des  slaves du sud et la monarchie des Habsbourg, London, 1911, p. 420, “lettre envoyée à Gladstone le 1ier octobre 1876”; James Bukowski, “Yougloslavisme et le parti national croate en 1867”, Revue canadienne d’histoire du nationalisme, 3, 1, 1975, p. 74].

[14]` Vasilije Đ. Krestić, Srpsko-hrvatski odnosi i jugoslovenska ideja u drugoj polovini XIX veka, Beograd, 1988, p. 134.

[15] ibid.

[16] Vasa Čubrilović, Istorija političke misli u Srbiji XIX v., Beograd, 1958, pp. 258–262.

[17] ibid, pp. 300–313; Dragan Simeunović, Iz riznice otadžbinskih ideja. Slobodarski međaši naše političke misli 19. veka, Beograd, 2000, pp. 83−140.

[18] Vasa Čubrilović, Istorija političke misli u Srbiji XIX v., Beograd, 1958, p. 393.

[19] John B. Allcock affirme que Nikola Pašić fût le premier d’entre eux [John B. Allcock, Explaining Yugoslavia, New York, 2000, p. 221].

[20] P. M. Niketić, Srpski svet u reči i slici, Beograd, 1890, p. 3; D. J. Putniković, Đakovanje i carevanje, knjiga za mladež, Beograd, 1896, p. 102.

Traduit par mes soins du site Oriental Review. l’original est disponible ici. Merci de me citer en cas de réutilisation.

Posted by: petokask | March 24, 2019

L’idée de l’unification yougoslave (I)

La Yougoslavie en tant que pays fut créée officiellement il y a cent ans le premier décembre 1918 sous le nom de Royaume des serbes, croates et slovènes ( renommé le 6 janvier 1929 en Royaume de Yougoslavie). Le pays est la suite légale du pacte de Corfou de 1917 (accord conclu entre le gouvernement serbe et les représentants des slaves du sud au sein de la dynastie des Habsbourg) et est un état extrêmement hétérogène du point de vue ethnique, historique, confessionnel et linguistique.

 La diversité religieuse et ethnique de la Yougoslavie s’est exprimée à travers deux idées politico-nationales qui s’opposent sur la nature et le futur de ce nouvel état. Il est vrai que la Slovénie et la Croatie ont rejoint la Yougoslavie pour une raison défensive, afin de défendre leurs territoires ethnonationaux contre les politiques révisionnistes et d’irrédentisme prétentieux de l’Autriche et de l’Italie. Les représentants politiques de la Slovénie (Kranjska) et de la Croatie demandèrent une Yougoslavie fédérale qui laisserait à chacun des trois unités fédérales (Slovénie, Croatie et Serbie) une large autonomie politique, économique, culturelle et éducationnelle. Cependant, par opposition, la Serbie, qui perdit un quart de sa population durant la première guerre mondiale[1] et sacrifia son indépendance au nom de la Yougoslavie proposa le concept d’un état centralisé comme étant la meilleure solution pour la protection des serbes habitant hors de Serbie. En fait, la Serbie était un état relativement homogène ayant un haut niveau de confiance en soi depuis son indépendance internationalement reconnue au congrès de Berlin en 1878. Toutefois, cette conception fut acceptée quand une constitution centralisée fut votée par une courte majorité parlementaire le 28 juin 1921, créant u conflit avec le principal parti politique croate – le parti paysan du peuple croate (HNSS).[2]

Le royaume de Serbie était certainement un “Piémont Yougoslave” et il souffrit durement pendant la première guerre mondiale pour l’unification des slovènes, des croates, des serbes et des autres slaves en une unique entité politique. La première expression de l’unification yougoslave par la Serbie comme un but de la guerre menée par Belgrade le fut auprès des pays de l’Entente dès le mois d’août 1914[3] mais l’idée d’une unification politique des slaves du sud vient d’une longue tradition qui remonte à 1794.

Les origines de “l’Idée de l’Union” (1794)

Le développement de “l’Idée de l’Union”, c’est à dire le regroupement des slaves du sud au sein d’un seul pays tire son essence des origines linguistiques, ethniques, historiques communes à tous les slaves du sud. Celles-ci se retrouvent à la fin du 18ème siècle quand le plus grand historien serbe de l’époque, Jovan Rajić, publia à Vienne en 1794 son ouvrage le plus important intitulé “Une histoire des différents peuples slaves, en particulier les bulgares, les croates et les serbes”. Il souligna dans son travail que les croates sont des slaves qui ont créé leur état en Dalmatie (c’est à dire que la Dalmatie était une région originelle de l’état croate indépendant). Les voisins des croates, les serbes, vinrent du Nord et s’établirent dans les régions de Macédoine, de Dalmatie, de Slavonie, de Mésie, de Rascie et de Bosnie[4]. Finalement, selon l’opinion de l’auteur, les écrivains médiévaux mélangèrent les bulgares avec les valaques balkaniques.

Il y eut un historien allemand, A. L. Schltzer qui, dans son Allgemeine nordische Geschichte (1771)  créa la première généralisation sur la dispersion des tribus slaves après leur (fausse?) “grande migration” au 6ème siècle. Il y eut également un étudiant qui créa le terme de slaves du sud (Sd-Slaven). Ensuite, l’historien slovène Anton Linhart fut celui qui introduisit pour la première fois ce terme dans la culuture des slaves du sud (en 1802). Les termes Yougoslavie et yougoslaves furent utilisés pour la première fois en 1834 par les autorités autrichiennes et se répandirent pendant et après la révolution de 1848-1849. [5] Cependant, à l’origine, le terme yougoslaves se référait uniquement aux slaves vivant sous la monarchie des Habsbourg.

Un écrivain serbe vivant sous cette dernière au début du 19ème siècle, Dositej Obradović, anticipa une communauté des slaves du sud sur une base linguistique. [6] Il instilla dans le sujet balkanique l’idée romantique ouest-européenne, avancée par les philosophes rationalistes, qu’une langue peut être parlée par une communauté ethnonationale. Cependant, il fit une distinction claire entre un parler ethnonational serbe (le dialecte Štokavien) des dialectes similaires des slaves du sud. Pour lui, les  frontières d’une langue commune aux slaves du sud sont les mêmes que celle de la nation ethnique des slaves du sud, sans tenir compte de la situation actuelle (et historique) des slaves du sud qui vivaient dnas des entités politiques distinctes (états) et professaient des croyances différentes (appartenant à des églises et croyances théologiques différentes et parfois antagonistes que sont le catholicisme romain, l’orthodoxie et l’islam).

Le yougoslavisme illyrien français (1809-1814)

Avec la création des Provinces Illyriennes (par Napoléon), composées de la Dalmatie, de Dubrovnik, d’une partie du Monténégro, de l’Istrie, du sud de la Croatie et du sud de la Slovénie, qui exista en tant que réalité politique entre 1809 et 1814, commenca pour les slaves du sud une période où ils commencèrent à vivre sous une seule entité politique. Toutes ces provinces furent incorporées après le congrès de Vienne de 1815 au sien de l’empire autrichien, renommé en 1867 empire austro-hongrois. La nouvelle donne politique dans les Balkans (entre 1809 et 1814) eut une influence certaine dasn la création  parmi les slaves du sud situés dans l’ouest d’une conscience de leur origine ethnonationale commune et, plus encore de leur unité. Cependant, la politique napoléonienne du yougoslavisme illyrien était, par essence, anti autrichienne, aussi “ces peuples variés durent être éduqués avec l’idée d’une seule nation de façon à ce qu’ils partagent le même esprit et les mêmes idées”[7] ce qui signifiait dans les faits de les séparer de l’empire autrichien. De fait, le gouvernement napoléonien mena une politique d’unification politiques et administrative des slaves du sud (yougoslav) sous les auspices d’une seule langue illyrienne et d’une seule nation ethnolinguistique illyrienne.[8] Ce fut, en fait, une politique d’unification nationale des slaves du sud français sous le  nom ethnonational illyrien (yougoslave).

Europe_1815_map_en

En ces temps d’absolutisme politique au sein de l’empire austro-hongrois après le congrès de Vienne (1814-1815), l’empereur autrichien garda certaines institutions et usages qui avaient été mis en place par l’administration française des anciennes provinces illyriennes. Par exemple, la partie sud de l’actuelle Croatie (de la rivière Kupa à la Dalmatie) demeura administrée avec les provinces slovènes. En réalité, l’organisation du royaume illyrien, en tant que territoire de la couronne autrichienne, fut le début d’une politique viennoise anti-hongroise. Cependant, Vienne conduisit une politique yougoslave selon laquelle le royaume illyrien devrait être le noyau d’une province administrative unique des slaves du sud (yougoslaves) au sein de l’empire autrichien, de manière à empêcher une unification des slaves du sud (ou du moins une unification pan-serbe) sous la direction de la Serbie, c’est à dire hors des frontières de l’empire autrichien. Ce plan “yougoslave” émanait à l’origine du chancelier autrichien Clemens von Metternich. Pour lui le royaume illyrien autrichien devait inclure toute la Dalmatie afin de créer une unité fédérale (province) des slaves du sud (yougoslaves) au sein de l’empire autrichien (Mittägliches Slavisches Reich).[9]

La renaissance nationale croate – le mouvement illyrien (1830-1847)

Originellement soutenu par les autorités autrichiennes, une idéologie propagandiste officielle de la renaissance nationale croate – mouvement illyrien (1830-1847)[10], menée par un allemand croatisé Ljudevit Gaj (Ludwig Gay), engloba tous les slaves du sud au sein d’un seul ethnogroupe linguistique qui devraient tous vivre dans un état national unifié de Grande Illyrie et s’étendrait des Alpes à la Mer Noire. Il est très clair dans l’article Naš narod écrit en 1835 par Ljudevit Gaj que celui-ci pensait que le Magnum Illyricum (comme un état unifié des slaves du sud ou état yougoslave, constitué des parties occidentales, centrales et orientales des Balkans) devait inclure les slovènes, les croates, les dalmates, les monténégrins, les serbes et enfin les bulgares.[11]

Ljudevit Gaj favorisa clairement une “unification totale” de tous les slaves du sud incluant les bulgares mais, pour les serbes et les slovènes, son projet de grande Illyrie n’était rien d’autre qu’une grande Croatie renommée et faisant partie de l’empire autrichien. Cependant, la propagande pan-yougoslave dans les écrits de Lj. Gaj, dans l’optique d’un état commun de tous les slaves du sud, a été comprises par une majorité d’intellectuels serbes et slovènes de ce temps come une politique cachée de l’impérialisme autrichien utilisant les croates pour la réalisation des buts de la politique étrangère de Vienne. Par exemple, Lj. Gaj fut le premier à proposer un nom commun pour les slaves du sud du royaume trine(Dalmatie, Croatie et Slavonie) devait être les serbo-croates qui parlaient le serbo-croate (ou croato-serbe)[12] mais, pour les serbes, une telle proposition n’était rien d’autre que la proclamation de la politique austro-croatienne ainsi que la croatisation des chrétiens orthodoxes serbes qui n’ont jamais parlé serbo-croate mais uniquement le serbe.[13] Par conséquent, les serbes et autres terres des slaves du sud devaient être croatisés, par le biais de la construction politico-ideologique artificielle du yougoslavisme illyrien, au sein de l’Autriche catholique Romaine. Toutefois, Lj. Gaj appela un état commun aux slaves du sud Magnum Illyricum, divisé entre le “haut” (Slovénie), le “milieu” (la majeure partie de la Croatie) le le “bas” (de la Bosnie à la mer Noire)[14]– suivant en cela les écrits du compatriote allemand croatisé Paul Ritter (Pavao Ritter Vitezović) des années 1700 (Croatia redivida…) sur l’assimilation de tous les slaves du sud à des croates et celle des terres yougoslaves à la grandde Croatie.[15] En d’autres termes, Lj Gaj et et ses Yougoslaves illyriens croates a incorporé les terres des slaves du sud – de la Mer Adriatique à la Mer Noire, de Villach (Beljak) et Gorizzia en Hongrie inférieure et de Skadar à Varna – dans le Magnum Illyricum.[16] Cependant, le centre politique de leur Magnum Illyricum devait être la capitale de la Croatie, Zagreb. Désormais, le yougoslavisme illyrien croate n’était rien d’autre qu’une forme d’impérialisme austro-croate romain catholique sur les Balkans.

Néanmoins, avant les activités politiques des illyriens croates, Vuk Stefanović-Karaddžić, un célèbre réformateur de la langue serbe et linguiste, standardisa la langue littérale des Serbes en prenant comme base la langue historique du peuple serbe: un dialecte Štokavien. Cependant, ce modèle d’une langue serbe unifiée fut “empruntée” par Ljudevit Gaj pour la langue littérale des croates. Cela eût pour résultat qu’à partir de la première moitié du 19ème siècle, les serbes et les croates parlaient une langue commune, de par l’appropriation du dialecte national serbe qui fut rapidement rebaptisé par les linguistes croates “serbo-croate” puis “langue yougoslave”. Chez les slovènes, la standardisation de la langue est achevée par Frances Prešern et d’autres poètes slovènes dans la première moité du 19ème siècle.[17]. Un des points d’accords entre tous les linguistes des slaves du sud lors de ce 19ème siècle pro-yougoslave était l’opinion qu’après le processus de la standardisation des “langues nationales” des slaves du sud, ces dernières devraient être entendues comme différentes expressions écrites d’une langue orale.

Les serbes: entre une Grande Serbie ou une Grande Yougoslavie

Après la chute des Provinces Illyriennes napoléoniennes et la fin de la révolution serbe contre les seigneurs ottomans (1804-1833), la société serbe s’est divisée entre deux camps au sujet de la politique nationale serbe pour les cent prochaines années:

  • conduire un projet d’état national serbe unifié (une grande serbie)
  • devenir la “locomotive” de l’unification des slaves du sud (une grande yougoslavie)

D’une part, un esprit d’anti-yougoslavisme a pris ses quartiers chez un certain nombre de politiques et d’universitaires qui voyaient uniquement “l’Idée de l’Union” comme une création idéologique de l’Autriche pour incorporer tous les slaves du sud dans l’Empire autrichien au sein de la province de Grande Croatie.

Battle_of_Mišar_Afanasij_ScheloumoffLa bataille de Mišar s’est tenue du 12 au 15 août 1806 avec une victoire serbe sur les ottomans

Au milieu du 19ème siècle, il y eut des projets politiques serbes très importants au sujet du futur de la péninsule balkanique.[18] Le plus important d’entre eux était le plan secret de politique extérieure serbe – Načertanije (1844), ou le brouillon, écrit par le ministre de l’intérieur serbe, Ilija Garašanin, qui n’a clairement pas prévu un état yougoslave commun mais seulement une plus  Serbie plus grande/ unifiée (c’est à dire l’unification de tous les serbes et de leurs terres en une seule entité politique – une principauté de Serbie). Son projet géopolitique fut conçu comme un programme politique contre l’unification yougoslave propagée par les croates autrichiens  et acceptée par certains serbes de l’Empire d’Autriche. Le Načertanije d’Ilija Garašanin fut, en gros, rédigé pour contrer une proposition de politique étrangère serbe considérée comme anti-russe par un agent polonais en Serbe, Francisco Zach, suivant en cela les instructions données par le comte polonais Adam Czartoryski dans Conseils sur la conduite a suivre par la Serbie (1843). L’idée simple de Czartoryski était que la Serbie devait prendre la tête d’une politique d’unification des slaves du sud dans l’intérêt de la création d’une Yougoslavie balkanique qui aurait été un point fort contre les avancées de l’Autriche et la Russie dans la péninsule. En d’autres termes, , le but ultime de la politique étrangère de la Serbie devait être la création d’un état commun des slaves du sud depuis les Alpes jusqu’à la Mer Noire.[19]. Cependant, Ilija Garašanin rejeta l’idée de Czartoyski et plutôt qu’une grande Yougoslavie anti-russe, dessina une grande Serbie qui aurait comme premier défenseur la Russie chrétienne orthodoxe.

D’autre part, il y eût cependant beaucoup de fonctionnaires serbes, venant principalement de l’Empire autrichien, qui prirent les politiques d’unification yougoslave comme l’unique moyen de résoudre la “Question Serbe” dans les Balkans. Ils réclamaient un pouvoir politique de cette union au profit de la principauté de Serbie pour deux raisons politiques:

  • La Serbie organisa deux soulèvements nationaux contre l’Empire ottoman (1804-1813 et 1815), par conséquent elle fut, avec le Monténégro, la seule terre des slaves du sud à obtenir une semi-indépendance à partir du milieu du 19ème siècle, ceci étant le résultat de son ombat pour la libération de cette tutelle étrangère.
  • La Serbie commença à se définir comme la première nation des Balkans et de l’aire des slaves du sud sans éléments féodaux, selon les tendances modernes de l’Europe de l’ouest. Cette caractéristique sociale devint bientôt l’élan crucial pour tous les mouvements libéraux parmi les Slaves du Sud.[20]

Un bon exemple des penseurs autrichiens du camp pro-yougoslave (ou de ceux se battant pour la création d’un état commun aux slaves du sud afin de résoudre la “Question Serbe”) fut Matija Ban, un écrivain libéral serbe et catholique romain originaire de Dubrovnik[21] qui vint vivre à Belgrade en 1844. Sa tâche principale fut de faire évoluer la politique étrangère serbe d’une idée de création de grande Serbie chrétienne orthodoxe (sur le plan d’Ilija Garašanin) vers la formation du patchwork yougoslave avec les slovènes et les croates, tous deux catholiques romains.[22]

A suivre dans la deuxième partie.

Notes:

[1] Andrej Mitrović, Prvi svetski ratPrekretnice novije srpske istorije, Kragujevac, 1995, p. 82. Dans certains départements serbes, la perte de population pendant la guerre fut supérieure à 80%[Mira Radojević, Ljubodrag Dimić, Srbija u Velikom ratu 1914−1918, Beograd, 2014, p. 245].

[2] Jan Palmowski, A Dictionary of Contemporary World History from 1900 to the Present Day, New York, 2004, p. 706.

[3] Mile Bjelajac, 1914−2014: Zašto revizija. Stare i nove kontroverze o uzrocima Prvog svetskog rata, Beograd, 2014, p. 200.

[4]Jovan Rajić, История разних словенских народов, найпаче Болгар, Хорватов и Сербов, vol. II, Wien, 1794, pp. 168–169; Milorad Ekmečić, Stvaranje Jugoslavije 1790–1918, vol. I, Beograd, 1989, p. 47.

[5] Franjo Ilešić, “O postanku izraza ‘Jugoslovenski”, Prilozi zaknjiževnost, jezik, istoriju i folklor, IX, 1–2, Beograd, 1929, p. 153.

[6] Milorad Ekmečić, Stvaranje Jugoslavije 1790–1918, vol. I, Beograd, 1989, p. 53.

[7] Monika Seknowska-Gluck, “Illyrie sous la domination Napoleonienne 1809–1813”, Acta Poloniae Historica, 41, Warszawa, 1980, p. 100; John B. Allcock, Explaining Yugoslavia, Columbia University Press, New York, 2000, p. 221.

[8] A cette époque, il était admis que l’ensemble des slaves du sud descendaient des anciens habitants de la péninsule balkanique, les illyriens.

[9]  Arthur G. Haas, Metternich. Reorganisation and Nationality, 1813–1818. A Study in Foresight and Frustration in the Rebuilding of the Austrian Empire, Wiesbaden, 1963, p. 100.

[10] Dragutin Pavličević, Povijest Hrvatske, Drugo, izmijenjeno i prošireno izdanje, Zagreb, 2000, pp. 243−254.

[11] Ljudevit Gaj, “Naš narod”, Danica, 34, Zagreb, 29 août 1835.

[12] Franjo Fancev, “Ilirstvo u Hrvatskom preporodu”, Ljetopis JAZU, 49, Zagreb 1937.

[13] Petar Milosavljević, Srpski filološki program, Beograd, 2000, pp. 321−322.

[14] Ljudevit Gaj, “Naš narod”, Danica, 34, Zagreb, 292 août 1835. Lors de la première visite de Budapest par Ljudevit Gaj en 1846 un des diplomates britanniques du renseignement a remarqué qu’il était sûrement convaincu dans le fait que « Le but secret des Croates était probablement de créer un Royaume illyrien qui serait composé de la Carniolie, la Carinthie , l’Istrie, la  Croatie, la Slovénie, la Serbie, Bosnie, Herzégovine et Dalmatie » [Blackwell à Palmerston, “Memoire on the Agitation in the Austrian Empire. Viewed as a Question of Diplomacy », Londres, 21 août 1846, Public Record Office, Foreign Office, Londres, 7/333, no 109].

[15] Pavao Ritter Vitezović, Croatia rediviva: Regnante Leopoldo Magno Caesare, Zagreb, 1700; Ivo Perić, Povijest Hrvata, Zagreb, 1997, p. 122.

[16] Franjo Tuđman, Hrvatska u monarhističkoj Jugoslaviji, vol. I (1918–1928), Zagreb, 1993, p. 16.

[17] Selon Tuđman, l’idée de Karadžić que tous les dialectes Štokaviens des populations de langue serbo-croate sont d’origine serbe, écrit dans son article Srbi Svi i svuda en 1836 et publié dans Kovčežić za istoriju, jezik i običaje Srba Sva tri zakona (Wien 1849), a été la raison cruciale pour les Croates de se détourner de l’idée de l’illyrisme vers l’idée du croatisme. Tuđman, également, a souligné que la théorie de Karadžić a été un fondement du « grand serbisme » pour les futures générations d’idéologues et de politiciens serbes afin de créer une grande Serbie [Franjo Tuđman, Hrvatska u monarhističkoj Jugoslaviji, vol. I, Zagreb, 1993, pp. 22–23]. Cependant, Tuđman avait tort sur ce point pour la raison que l’idée de Karadžić de la domination serbe sur le Štokavien lui a été inspirée par les principaux linguistes slaves de cette époque et il l’a présenté publiquement comme une réponse serbe à la croatisation des catholiques romains parlant le  Štokavien par les dirigeants du Mouvement illyrien croate.

[18] A propos de ce sujet, voir dans [Dragan Simeunović, Iz riznice otadžbinskih ideja. Slobodarski međaši naše političke misli 19. veka, Beograd, 2000].

[19] Dragoslav Stranjaković, “Kako je postalo Garašaninovo ‘Načertanije’Spomenik, 91, Beograd, 1939, p. 13; Vasa Čubrilović, Istorija političke misli u Srbiji XIX v., Beograd, 1958, pp. 166–169.

[20] Milorad Ekmečić, Stvaranje Jugoslavije 1790–1918, vol. I, Beograd, 1989, p. 165.

[21] Dubrovnik (Ragusa) fit partie de l’Empire d’Autriche de 1814 à 1867 puis de la moitié autrichienne de l’Empire austro-hongrois de 1867 à 1918.

[22] Milorad Ekmečić, Stvaranje Jugoslavije 1790–1918, vol. I, Beograd, 1989, pp. 369–370.

Traduit par mes soins du site Oriental Review. l’original est disponible ici. Merci de me citer en cas de réutilisation.

Posted by: petokask | June 9, 2018

Un nouveau calcul stratégique pour les Balkans (II)

thumb.php(Il est préférable de lire en premier la partie I afin d’acquérir les bases nécessaires à la compréhension du concept des Balkans du centre).

Trois caractéristiques clés des Balkans du Centre

Maintenant que nous avons abordés les idées générales ainsi que la genèse des Balkans du centre, il est maintenant temps de se tourner vers leurs trois importantes caractéristiques stratégiques:

Agitateurs aux avants-postes:

Comme je l’ai mentionné plus haut, les nouveaux lauréats de l’OTAN que sont l’Albanie et la Croatie sont toujours les plus grandes menaces pour les Balkans du centre. La Croatie a été le véhicule primaire pour l’activité militaire unipolaire dans la région durant les années 1990, mais son rôle a finalement été transféré à l’Albanie pour un déploiement double contre la Serbie et la Macédoine. A l’heure actuelle , la Croatie apparaît suffisamment préparée pour reprendre son rôle d’aiguillon anti-serbe, ce qui peut être clairement vue dans l’élection d’un ancien officier d’information de haut niveau de l’OTAN au poste de président. Bien que ce soit essentiellement un poste de représentation, cela souligne significativement l’affiliation de l’élite politique de ce pays à l’Euro-Atlantisme (unipolarité) et, avec l’actuel soutien des USA aux gouvernements ultra-nationalistes et néo-fascistes, cela ne devrait choquer personne que le nouveau leader de la Croatie rend maintenant ouvertement hommage aux collaborateurs pro-nazis de la seconde guerre mondiale. le scénario-cauchemar pour la sécurité internationale de la Serbie est que l’Albanie et la Croatie coordonnent toute prochaine déstabilisation contre le pays et les troubles en Serbie ou le long de ses frontières pourrait, au minimum, entraver la construction du Balkan Stream.

Déclencheurs:

Il y a deux déclencheurs qui pourraient le plus ébranler la stabilité de la Serbie et de la Macédoine:

*Bosnie

De part les explications précédentes sur l’importance au niveau sécuritaire de la Republika Srpska pour la Serbie, toute provocation à l’intérieur ou le long de ses frontières présenteraient indirectement une menace pour la Serbie elle-même. Une crise constitutionnelle venant d’arrangements politiques sur une fédéralisation des pouvoirs au sein de la Bosnie serait le catalyseur pour entraîner la Republika Srpska et, par extension (directement ou pas), la Serbie dans un conflit plus large (la stratégie Brzezinski inverse, aussi appliquée à Belgrade). Ceci n’est pas la seule menace car une attaque terroriste dirigée de l’extérieur pourrait être mise en place (tout comme cela vient d’arriver en Macédoine) pour enflammer les tensions identitaires entre les communautés constituant la Bosnie, qui se transformerait ensuite en crise nationale induisant une forme de réponse de la Serbie et/ou son implication, l’enfermant dans ce piège conçu par les américains.

*Grande Albanie

La menace la plus pressante pour la sécurité de la Serbie et de la Macédoine et celle qui a le plus de potentiel de déstabiliser la région toute entière est le spectre imminent de la Grande Albanie. La Serbie se sent victime car elle s’est fait voler la partie de son pays à laquelle elle tenait le plus, qui a été occupée et retournée comme une arme contre le reste du pays en lambeaux à la dernière confrontation, et cela demeure une possibilité claire qu’une chose similaire arrive à la Macédoine, notamment dans sa partie ouest et dans la plus grande part du nord de son territoire.

De plus, la Serbie fait aussi face à une nouvelle menace de la part de la Grande Albanie, c’est la violence ethnique dans la vallée de Presevo et la région de Sandzak, peuplées par des albanais. La vallée de Presevo a été secoué par des “débordements” venus du nord de la Macédoine. Kumanovo apparaît très près de cette région et c’est pour cela que les terroristes l’ont choisi comme leur base dans l’éventualité où ont leur donnerait l’ordre de diviser leur groupe et d’attaquer simultanément la Serbie le 17 mai (Jour où la Révolution Colorée en Macédoine et des “guerriers non-conventionnels” unirent symboliquement leurs forces dans leur tentative de changement de régime).

En poussant plus loin le raisonnement, même la région de l’Epire du Nord, en Grèce, pourrait potentiellement être entraînée dans le tumulte de la Grande Albanie et, par là, déstabiliser les trois pays constituant les Balkans du Centre, mais également leur montrant l’impérieuse nécessité d’accélérer leur intégration multipolaire pour se dresser ensemble contre cette menace.

Balkan Stream:

caucase-turquie-en-300x218La caractéristique qui est peut-être la plus critique pour l’unification des états composant les Balkans du Centre est le projet Balkan Stream, qui a pour but implicite la promotion de la mutlipolarité au sein de cette région et, potentiellement, de la faire pénétrer aussi profondément qu possible au cœur de l’UE elle-même. Si le projet devait réussir et les plans américains de déstabilisation échouer (la tentative de révolution colorée en Macédoine ainsi que les provocations pour pousser à une guerre régionale autour de l’idée d’une Grande Albanie [tout comme le Grand Kurdistan est mis en avant au Moyen-Orient]), la conséquence logique serait que les pays des Balkans du centre serviraient de tremplin à l’expansion de la multipolarité au sein du continent européen.

Le Balkan Stream est donc bien plus qu’un simple gazoduc. C’est un concept stratégique d’intégration régionale qui vise à défier les injonctions unipolaires du paravent US qu’est l’union européenne et achever ainsi l’objectif à long terme qu’est la libération du continent européen de l’hégémonie unipolaire. Du fait de la position d’avant-garde des pays du centre des Balkans dans cette vision importante et profonde, les USA donnent la priorité à leurs dernières tentatives de déstabilisation de chacun de ces pays en espérant qu’au moins l’un de leurs plans fonctionne, après avoir désespérément semé tant de graines de chaos ces derniers mois (capitalisant sur des facteurs préexistants) pour compenser cette contre-offensive multipolaire relativement inattendue.

Solutions multipolaires

Les Balkans du centre sont actuellement le dernier front dans la nouvelle guerre froide entre les USA et la Russie, ou plus précisément, entre les visions unipolaires et multipolaires du monde. Washington a récemment redéployé ses activités d’ingérence pour se concentrer sur la déstabilisation de cette sous-région en particulier et saboter sa marche vers la multipolarité, ayant appris de ses erreurs précédemment négligées que le Balkan Stream fournit la résistance au contrôle unipolaire sur le continent. Il est de la plus haute importance de mettre en place de bonnes politiques de défense de manière à renforcer la résistance des Balkans du centre contre l’agression des USA et sécuriser la contre-offensive multipolaire qui se déroule dans la région.

Voici les solutions proposées afin de solidifier la vision multipolaire du Balkan Stream:

Élucidation claire des buts multipolaires:

Les Balkans du centre ainsi que leur partenaires stratégiques russes et chinois doivent publiquement articuler leur vision multipolaire pour la région car une voix forte et unifiée enverrait un message mondial à propos des intentions des non-alignés avec l’Ouest. Ce n’est pas une incitation à ces acteurs d’appeler au renversement du contrôle américain sur l’Europe mais plutôt de mettre en lumière le fait qu’il y a des trajectoires de développement non européennes et des partenariats qui peuvent être autant, si ce n’est plus, bénéfiques que ceux de Bruxelles.

Il pourrait même apparaître que les Balkans du centre sont le premier point de départ d’une révolte européenne plus grande contre l’unipolarité. Cependant, pour que cela arrive, et pour que la région serve de point de ralliement pour le reste du continent, son message anti-hégémonique doit être clairement exprimé. Le pragmatisme politique et le partenariat multipolaire, au contraire du partenariat unipolaire et de la division chaotique, sont des thèmes centraux pour transmettre ce concept.

Institutionnaliser et intensifier le corridor des Balkans:

Les projets d’infrastructures complémentaires russes et chinoises qui traversent la région forment la base sur la quelle le corridor des Balkans peut être construit. Le premier pas pour sa concrétisation est le dévoilement d’une structure multilatérale entre ses membres. Cela servira de mécanisme pour coordonner les politiques étrangères de la Russie et de la Chine d’une part, et celles de la Serbie, de la Macédoine et de la Grèce d’autre part. Cette structure pourrait être élargie pour inclure la Hongrie et la Turquie comme membres observateurs si ce n’est comme membres de plein droit. Le but ultime est de rassembler les politiques et les décideurs, les spécialistes de sécurité et les acteurs économiques pour donner du poids aux initiatives de coopérations avancées ainsi qu’à l’intensification des partenariats multilatéraux.

Unifier les Balkans du Centre contre la Grande Albanie:

Aussi menaçante que peut être la Grande Albanie, elle est aussi pourvoyeuse d’une opportunité historique d’unification des Balkans du Centre dans le but de s’opposer à sa transformation en état terroriste. Le danger permanent que pose cet irrédentisme soutenu par les USA pour la Macédoine inspire, à juste titre, de la part à Belgrade et Athènes, aucun des deux ne voulant un état partitionné et failli à leurs frontières. Il convient d’ajouter à cette menace celle sur leurs propres vulnérabilités au terrorisme ethnique dirigé par Tirana. Les USA et l’Albanie ont clairement démontré qu’ils menaient des actions en faveur de la Grande Albanie. Ils est donc tout à fait opportun de la part des pays visés de resserrer leurs liens militaires et stratégiques pour s’en défendre. Alors que l’adhésion de la Grèce à l’OTAN pourrait poser problème, la Serbie et la Macédoine ne sont pas gênées par cela et peuvent travailler de manière aussi proches qu’elles l’estiment nécessaire pour contrer cette menace. Plus encore, elles peuvent étendre leur alliance militaire de-facto pour y inclure la Russie qui pourrait ainsi leur fournir un soutien militaire, politique et technique pour leurs opérations antiterroristes et anti révolution de couleur de la même manière qu’elle l’a brillamment fait en Syrie ces quatre dernières années.

Insistance sur les liens de la Russie avec la région:

La Russie a de profonds liens culturels, linguistiques, religieux et historiques avec les Balkans sur lesquels elle peut capitaliser pour promouvoir le Balkan Stream et obtenir des percées de son soft power en Serbie, Macédoine et Grèce. Ces facteurs asymétriques sont uniques et rattachent de manière permanente les Balkans du Centre à la Russie mais il reste du chemin à parcourir pour renforcer ces liens et faire du “facteur russe” une part substantielle de “l’identité et de la psyché nationale”. l’approfondissement des attaches émotionnelles peuvent améliorer l’efficacité de l’expression du soft power multilatéral entre la Russie et les Balkans du Centre mais aussi fournir des bases stables pour une expansion future de leurs relations ainsi que l’augmentation de leur plus grande cohérence stratégique.

Conclusion

La concurrence des grande puissance sur les Balkans a historiquement été l’un des moteurs de la politique européenne et a été parmi ses caractéristiques le plus largement reconnues pendant des siècles. Alors, des empires multiples se bousculaient pour l’influence et se contrebalançaient, mais la situation s’est remarquablement simplifié aujourd’hui. De nos jours seul un empire reste et ce sont les États-Unis et ses alliés unipolaires, qui ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour complètement avaler la région pendant les deux décennies et demie passées. La Serbie et la Macédoine sont les deux seuls obstacles régionaux qui restent et ils forment le cœur d’une région balkanique reconceptualisée, les Balkans Centraux. Celle-ci établit un partenariat avec la Russie dans l’organisation d’une contre-offensive multipolaire contre cette agression. La libération géopolitique que le Balkan Stream apporterait à la région et probablement à toute l’Europe en fait un des projets avec le plus fort impact mondial actuellement en construction et le plus importe sans doute dans la grande stratégie de la Russie du démantèlement du monde unipolaire.

la création du concept de Balkans du Centre aide à comprendre le changement de paradigme géopolitique au niveau régional, dans le contexte des derniers soubresauts de la guerre froide. De plus, ce concept offre une possibilité d’évolution d’un concept intangible vers une réalité concrète en servant de plateforme organisationnelle pour fédérer les énergies de ses membres. L’institutionnalisation du corridor des Balkans et l’accélération de sa stratégie d’unification pour résister à la menace d’une Grande Albanie est le moyen de faciliter la création d’une masse critique de multipolarité qui permettrait de reprendre la main au niveau régional contre les forces unipolaires déstabilisatrices. Ainsi, parce qu’il est le premier mouvement d’une contre offensive beaucoup plus large visant l’occupation américaine de l’Europe, le soutien de la Russie aux Balkans du Centre et leur convergence stratégique dans une entité intégrée est certainement un des processus multipolaires le plus important au monde aujourd’hui. Il pourrait potentiellement se transformer en un bélier pour enfoncer la citadelle américaine unipolaire de l’Eurasie de l’Ouest.

Andrew Korybko est analyste politique et journaliste pour Sputnik qui vit et étudie actuellement à Moscou, en exclusivité pour Oriental Review.

Traduit par mes soins, l’original est disponible ici. Merci de me citer en cas de réutilisation.

Posted by: petokask | June 18, 2015

Un nouveau calcul stratégique pour les Balkans (I)

thumb.phpLes Balkans sont revenus à l’avant-scène de la géopolitique européenne comme un résultat de la nouvelle guerre froide, les Etats-Unis et la Russie s’affrontant en une guerre paravent à travers de l’oléoduc Balkan Stream dans la région. Les circonstances géopolitiques ont évoluées depuis les années 1990 lorsque tous les états de l’ancienne Yougoslavie ont été regroupés sous l’appellation de “Balkans occidentaux”. Dans le but de s’adapter à la réalité stratégique changeante de cette région, il est nécessaire de sortir les Balkans de cette idée ancienne, et la nouvelle division des Balkans en régions occidentales, centrales et orientales simplifie l’analyse des développements contemporains et fournit une trajectoire stratégique à suivre dans le contrôle de leur développement futur.

Cet article se concentrera sur les Balkans de l’ouest et du centre, depuis que ces derniers sont devenus l’objet d’une compétition géopolitique entre les mondes unipolaires et multipolaires. Les Balkans de l’est sont déjà intégrés au sein de l’OTAN et ne jouent donc pas un rôle aussi important que celui que jouent le centre et l’ouest de la région, bien que l’évolution de leur rôle au sein de la nouvelle stratégie en parapluie de l’OTAN (les fameux blocs régionaux) sera certainement expliqué dans un avenir proche. Il convient d’ajouter que la Grèce joue un rôle particulier car elle jouxte l’ouest, le centre et l’est des Balkans et a une identité unique et une histoire bien distincte des autres pays des Balkans, bien qu’en raison de son positionnement géostratégique plus large, elle soit groupée avec les Balkans dans le contexte de ce jeu stratégique. Néanmoins, cela demande un article séparé dans le futur, bien que l’auteur en ait déjà touché un mot dans un précédent article.

Retournons au sujet de cet article. La partie I commencera par une explication destinée à recontextualiser les Balkans et poursuivra avec une chronique expliquant ce changement de pensée. Après cela, la partie II examinera les clés essentielles du centre des Balkans avant de proposer certaines solutions pour la sécurité de cette région et son intégration accélérée dans le monde multipolaire.

La recontextualisation

Traditionnellement:

89850-004-C88E1B75-300x280Il est d’usage de diviser les Balkans entre l’ancienne Yougoslavie, du côté ouest, et le bloc composé de la Roumanie et de la Bulgarie, du côté est, ceci laissant l’Albanie et la Grèce largement à l’écart, en les appelant simplement “Les Balkans”. La justification de cette définition est que la majorité de l’ex-Yougoslavie a traversé le même processus de fragmentation violente durant les années 1990 cependant que la Roumanie et la Bulgarie échappèrent relativement tranquillement à ces événements (tout en n’échappant pas à des problèmes internes). A l’époque, il n’y avait pas besoin de faire de distinctions géographiques entre les membres de l’ex-Yougoslavie mais l’intrusion officielle et de facto de l’OTAN dans la majorité de l’espace de l’ex-Yougoslavie, liée à des divergences irréconciliables concernant la politique étrangère de certains de ses anciens membres ont donné l’envoi d’une adaptation à cette nouvelle réalité et à une revisitation de l’ancienne notion de balkans de l’ouest.

Recontextualisé:

Pour les raisons évoquées à l’instant , le concept de Balkans de l’ouest a été repensé et augmenté afin de mieux convenir à la géopolitique changeante ainsi qu’à la nature stratégique de cette région. Voici ce que l’auteur suggère:

*Balkans de l’ouest:

Ceci inclut les états membre de l’OTAN suivants: Slovénie, Croatie et Albanie ainsi que le protectorat de Bosnie et l’état membre de-facto qu’est le Monténégro. En prenant une carte, on peut s’apercevoir que cela dessine la pointe ouest de la péninsule balkanique. Comparé à sa partie centrale, les Balkans de l’ouest sont le bastion de l’unipolarité dans cette région et qu’ils entre en conflit avec leurs frères “prodigues” (moins bien lotis car pas intégrés à l’OTAN, selon les Balkans de l’ouest, NdT) multipolaires. Ce fut le cas durant la seconde guerre mondiale, durant les années 1990 et c’est toujours le cas aujourd’hui avec la Croatie et l’Albanie qui continuent de se comporter (au nord ainsi qu’au sud) comme des agitateurs aux ordres de leur patron.

*Balkans du centre:

La Serbie, la Macédoine et la Grèce composent cette nouvelle entité de la pensée stratégique balkanique, et ce nouveau bloc traverse la région suivant un axe stratégique critique nord-sud. Compte tenu de sa position géostratégique souple autant par rapport à l’Ouest qu’à l’Est, il porte l’espérance de la formation d’un corridor nord-sud (la route de la soie des Balkans) qui pourrait connecter la Méditerranée orientale avec l’Europe centrale ainsi qu’au delà. Le projet russe Balkan Stream forme l’épine dorsale de cette nouvelle entité (désormais appelé corridor balkanique) autour duquel un développement plus profond de l’intégration est attendu. Par conséquent, Moscou encourage les poursuites multipolaires de ses partenaires et approfondit son soutien à leurs politiques.

*Anomalies:

La division centre-ouest des Balkans renferme deux anomalies géopolitiques très importantes dont il faut parler:

srpska-300x288*La Republika Srpska

Cette entité est apparu comme un reliquat de la dissolution de la Yougoslavie du début des années 1990 et des accords de Dayton de 1994, et elle donne à la Serbie une profondeur stratégique mais aussi une vulnérabilité vis-à-vis d’une potentielle percée bosnienne et/ou d’une provocation croate ou bosno-croate. L’existence de la Republika Srpska peut ainsi être comprise comme une épée à double tranchant, cependant que son importance émotionnelle fait qu’elle ne sera jamais abandonnée par la Serbie et qu’elle doive être de-facto considérée comme une extension des Balkans centraux sur l’aire théorique des Balkans de l’ouest (La Bosnie).

*Le Kosovo

kosovomap-2010-300x225La province serbe du Kosovo est actuellement occupé par les forces de l’OTAN (le camp US Bondsteel est une des plus grandes bases américaine en Europe) et a fait sécession de manière illégale de la Serbie en 2008 avec le soutien de l’Ouest. Il fonctionne comme un poste avancé de l’OTAN planté au milieu des Balkans du centre, région dont il fait géographiquement partie(mais de-facto coupé politiquement de cette région). Des deux régions dont nous venons de parler, la province serbe occupée du Kosovo est bien plus profondément sous contrôle de l’Ouest et un avant-poste plus lourdement fortifié opérant en avant de la “ligne de front” pour une aggression unipolaire que ne l’est la Republika Srpska pour la Serbie et les Balkans du centre dans leur défense multipolaire.

Progression chronologique de la division ouest/centre des Balkans

La conception de la stratégie concernant les Balkans ne s’est pas faite du jour au lendemain et il est utile d’éclairer les événements clés qui ont menés à sa conceptualisation. Le catalyseur de cette création fut l’effort du monde unipolaire de diminuer la Serbie et l’enchaîner, ainsi que la Macédoine, à l’UE comme un trou perdu de la politique et une annexe économique (“Nouvelle Bulgarie”), tandis que la Grèce s’est toujours pensée en dehors de la “pensée dominante” européenne et s’est historiquement comporté comme un pont entre l’Est et l’Ouest. La liaison entre la résistance serbe et macédonienne avec l’incompatibilité identitaire vis-à-vis d’une “européanisation” forcée (manifestée aujourd’hui par une sévère austérité) a fourni le mélange parfait à ces peuples pour faire sécession des Balkans de l’ouest unipolaires et hâter leur incorporation stratégique au sein des Balkans centraux multipolaires, axés autour du Balkan Stream.

La chronologie qui suit se concentre sur la violence géopolitique à l’encontre de la Serbie et de la Macédoine, puisque les tragiques événements qui ont eu lieu dans ces pays mettent en évidence les décisions de politique étrangères qui finiraient par les mener à un partenariat avec la Russie et un alignement sur le monde multipolaire:

Avant 1991:

La Serbie constituait le centre de gravité de la Yougoslavie, et donc de l’intégralité des Balkans de l’ouest.

1991-1994:

La Yougoslavie commença durant ces années à se désintégrer, la Croatie servant de paravent pour l’accélération de ce processus. Le nettoyage ethnique ainsi que le génocide des Serbes en Croatie et en Bosnie menèrent à la diminution des territoires peuplés par ceux-ci et, par conséquent, ces terres furent gardées par les anciennes républiques formant la Yougoslavie et non pas réintégrées au sein de la Serbie.Des territoires qui auraient pu être inclus dans les Balkans du centre (dans le sens où ils étaient peuplés de Serbes) restèrent dans leur zone géographique des Balkans de l’ouest et furent ensuite formellement ou de-facto incorporés dans l’OTAN, ceci créant une des étapes de la rupture entre les Balkans de l’ouest et du centre.

1994:

Les accords de Dayton représentent un arrêt temporaire des campagnes pour diviser la Serbie mais, dans le même temps, son gouvernement fut diabolisé et des plans furent dressés pour la phase suivante de déstabilisation; le redessinage formel de ses frontières internationalement reconnues ainsi que l’essai d’une nouvelle méthode de changement de régime, la révolution colorée.

707143-300x201

Ruines d’une église chrétienne orthodoxe au Kosovo

1999:

L’OTAN lance réellement son agression contre la Serbie (Encore connue comme la Yougoslavie) dans le but de voler le Kosovo, berceau de la civilisation serbe, et de placer une base stratégique au cœur des Balkans du centre. C’est à ce moment que la Croatie a transmis le flambeau de la déstabilisation anti-serbe à son partenaire albanais, et Tirana devint  la première base avancée des Etats-Unis dans la région. Les USA ont également démontré pour la première fois qu’ils comptaient utiliser la force dans le but de créer la Grande Albanie, un client politiquement très utile ainsi qu’une anticipation de l’unipolarité des Balkans.

2000:

Les USA renversent Slodoban Milosevic en testant avec succès la première Révolution Colorée (la “révolution bulldozer”), une technologie politique qui serait plus tard perfectionnée en d’autres endroits et ramenée quinze ans plus tard dans les Balkans pour être déployée en Macédoine.

2001:

La déstabilisation albanaise en Macédoine culmine avec une intervention “légère” de l’OTAN et la ratification des accords Orhid, qui garantissent à la minorité albanaise les privilèges les plus larges que puisse avoir une minorité au monde. Cela les laisse aussi susceptibles d’être manipulés par les forces politiques de l’ouest. Les attentes de ce dernier à cet instant étaient que cela créerait un haut levier de pression permanent qu’ils pourraient utiliser pour déstabiliser la Macédoine indépendante et la ramener à la soumission unipolaire.

2006:

Le Monténégro vote en faveur de son indépendance de la Serbie (encore appelée Yougoslavie) et devient le dernier membre constituant les Balkans de l’ouest sous domination américaine.

2008:

La province occupée du Kosovo déclare unilatéralement son indépendance comme il lui a été demandé par ses occupants, ceci afin de “légitimer” leur présence dans cette région et de laisser perpétuellement la Serbie et la Macédoine sur le qui-vive. C’est aussi la représentation de l’unipolarisation des Balkans de l’ouest (unipolaires) au cœur des Balkans du centre.

2009:

 Les deux principaux partenaires des USA dans les Balkans, l’Albanie et la Croatie, entre tous deux dans l’OTAN, ce qui est la plus récente expansion de ce bloc militaire, et qui n’est certainement pas une coïncidence. Les USA récompensent ainsi ses deux alliés pour leur déstabilisation de la Serbie, l’ancien cœur des Balkans, et les protège par des traités d’assistance mutuelle pour toutes les provocations futures qu’elles tenteraient contre la Serbie (ou dans le cas de l’Albanie, également contre la Macédoine)

2000-2010:

Belgrade et Skopje déclarent formellement vouloir intégrer l’UE et l’OTAN, cependant que leurs fiertés respectives refusent de reconnaître “l’indépendance” illégalement déclarée du Kosovo et son changement constitutionnel les ont gardés à la périphérie de ces processus et ont ralenti leurs ambitions euro-atlantiques. Ceci les a mené à reconsidérer leurs trajectoires géopolitiques et finalement les a rendus sensibles au pivot multipolaire qu’ils ont embrassé quand ils ont signé un partenariat avec la Russie dans la construction du Balkan Stream. La leçon a retenir est que le non-respect pas l’Ouest pour les législations domestiques, souverainetés et indépendance de ces états, ce qui a mené à ce qu’on peut définir avec du recul comme la première “révolte” contre l’UE. Ces deux pays sont les deux seuls à se dresser, de par leur identité, à refuser d’être tyrannisés par Bruxelles, alors que tous les autres membres (y compris ceux en “révolte” comme la Grèce) ont dû à un moment sacrifier leur propres conceptions pour faire partir d’un grand “tout”.

2015:

Rassemblement antigouvernemental à Skopje, le 17 mai 2015

Rassemblement antigouvernemental à Skopje, le 17 mai 2015

Après avoir été accusé de fomenter un coup d’état en janvier, Zaev (leader de l’opposition de gauche) réagit en initiant sa tentative de révolution colorée en Macédoine. Plus tard en avril, le premier ministre albanais Edi Rama déclara officiellement son intention de créer la Grande Albanie, et à la fin de ce mois, la petite ville macédonienne de Gosince fut le théâtre d’une attaque terroriste-test par l’Armée de Libération du Kosovo, groupe séparatiste terroriste.Quelques jours plus tard, une attaque  surprit la ville de Zvornik, située en Republika Srpska probablement utilisé pour envoyer  un signal de menace indirect envers la Serbie. Un peu plus d’une semaine après, la ville de Kumanovo, au nord de la Macédoine, fut la scène d’une attaque terroriste meurtrière par l’ALK qui représente le premier coup de la campagne pour une Grande Albanie, pilotée par les Américains contre le gouvernement pragmatique du pays et le projet d’oléoduc russe Balkan Stream.

A suivre…

Andrew Korybko est analyste politique et journaliste pour Sputnik qui vit et étudie actuellement à Moscou, en exclusivité pour Oriental Review.

Traduit par mes soins, l’original est disponible ici. Merci de me citer en cas de réutilisation.

thumbPartie I

Partie II

De Vladimir-Suzdal au Grand Duché de Moscou

La principauté se transforma progressivement en un Grand Duché, qui fut divisé en de nombreuses petites principautés. Après l’invasion mongole, il devint un état auto-gouverné, dirigé par sa propre noblesse. Les frontières de la principauté étaient matérialisées par la Volga, la Dvina du Nord et la rivière Oka.

En 1238, les mongols incendièrent la ville de Vladimir, parmi d’autres dans le nord de la Russie.

Ils conquirent peu à peu la plupart des principautés russes à l’exception notable de Novgorod.

Les princes de l’est et du sud de la Russie durent payer un tribut aux mongols de la Horde d’Or, appelés communément tatars.

(Il semble que l’auteur oublie ici une décision extrêmement importante prise par le prince de Novgorod Saint Alexandre Nevsky. Alors qu’il passait des accords de paix avec Batu Khan et développait une amitié avec Sartaq Khan, il affronta férocement l’armée suédoise et les chevaliers de l’Ordre Teutonique aux victoires successives de la Neva en 1240 et celle du Lac Peïpous en 1242. -OR)

En conséquence, les vieux centres culturels comme Kiev et Vladimir ne se relevèrent jamais des destructions liées aux attaques, alors que Moscou (jusqu’alors une obscure cité commerciale), Novgorod (toujours prospère grâce à la Ligue Hanséatique) et Tver entrèrent en compétition pour le contrôle du territoire sous domination mongole.

La cause principale de l’ascension de Moscou fut que, en 1327, le prince de Tver se joignit à une rébellion contre les mongols alors que le prince Ivan Iier Kalita s’allia avec les mongols pour écraser Tver et dévaster ses terres.

Par cela, il se débarrassa de son rival, autorisa l’Eglise Russe Orthodoxe à déplacer son siège à Moscou, et fut décoré du titre de Grand Prince par les mongols.

Par suite, les princes moscovites devinrent les interlocuteurs privilégiés entre les chefs mongols et les principautés de la Rus’. En récompense de leur docilité, les mongols n’effectuèrent pas de de raid sur les terres contrôlées par Moscou, ce qui attira les nobles qui désiraient s’établirent sur ces terres relativement sûres.

Sartak-300x148

Sartaq (Pavel Ryzhenko, 2010) représentation des relations personnelles entre les khans mongols et les princes russes. Source: http://павел-рыженко.рф

L’influence des mongols sur la noblesse russe fut si profonde qu’une enquête sur les familles nobles russes au XVIIème siècle établit que plus de 15% d’entre elles avaient des origines tatars ou orientales. Par conséquent, les historiens considèrent généralement que sans la destruction de la Rus’ de Kiev par les mongols, Moscou, et par suite l’Empire Russe, ne serait pas apparu. Cependant, l’isolement d’avec l’ouest a pu être la cause de la neutralité de la Russie dans les périodes de la Renaissance et de la réforme protestante, toutes deux importantes dans le processus d’émergence du capitalisme. (Interprétation très douteuse du fait que l’Eglise Orthodoxe russe résistera fermement aux tentatives du Vatican de l’attirer au sein du catholicisme romain. Les crises contemporaines du Vatican, du protestantisme ainsi que du capitalisme ont prouvé que la position intransigeante des hiérarches russes était totalement justifié restrospectivement. -OR)

Le système judiciaire a également été lourdement influencé par la présence mongole, la peine capitale et l’utilisation de la torture s’étant étendues, alors que durant la Rus’ de Kiev, elles n’étaient appliquées qu’aux esclaves.

Cependant, le code pénal en Europe de l’ouest était encore plus sévère à cette époque.

D’un autre côté, le système fiscal russe, les transports, la tactique militaire et le recensement furent développés pendant la domination mongole.

D’un petit territoire de départ, Moscou se développa à travers la guerre, des achats de terres et des mariages.

En effet, le premier maître de la principauté de Moscou, le Grand Prince Saint Daniel Alexandrovitch, fils du Prince Alexandre Nevsky de Vladimir-Suzdal, étendit sa principauté en conquérant Kolomna, cependant que son fils Youri Danielovitch allait prende le contrôle de Mozhaisk, s’allier à Uzbeg Khan de la Horde d’Or, épouser sa sœur et obtenir en récompense le titre de Duc de Vladimir-Suzdal. C’est la position privilégiée de la noblesse moscovite qui lui permit d’interférer dans les affaires de la république de Novgorod?

Puis le successeur de youri, Ivan Iier, s’arrangea pour garder le titre de Grand Duc par une coopération plus accrue avec les mongols, plus précisément en collectant les taxes des autres principautés au nom des mongols.

Le camp de Kulikovo (pavel Ryzhenk, 2005). Source:  http://павел-рыженко.рф/

Le camp de Kulikovo (pavel Ryzhenk, 2005). Source: http://павел-рыженко.рф/

Les successeurs d’Ivan continuèrent de rassembler les terres de la Rus’ pour agrandir les populations et les richesses qu’ils contrôlaient. Après cela, Dimitri de Moscou réussit à unir les principautés de la Rus’ dans sa lutte contre la Horde et devin un héros national, bien que sa tentative ait échoué dans un premier temps (Il est important ici de prendre note du troisième événement important de l’histoire de la Russie: la bataille de Kulikovo en 1380 – OR).

Vasily Iier continua la politique de son père et cessa de payer un tribut au Khan. Marié à la fille unique de Vyatautas, le Grand Duc de Lithuanie, Vasily tenta d’éviter les conflits ouverts avec lui, même quand ce dernier annexa Smolensk. Son long règne fut marqué par une expansion au nord ainsi qu’à l’est.

Une autre explication à l’expansion du Grand Duché de Moscou est sa situation dynastique favorable, où chaque souverain avait son fils comme successeur au contraire des principautés rivales qui connurent de nombreuses querelles dynastiques.

Aux XIV et XVème siècles, l’expansion du Grand Duché de Moscou se poursuivit ainsi qu’un renforcement interne. En effet, le duché réussit la prise et l’annexion de Novgorod en 1478 ainsi que celle du Grand Duché de Tver (allié du Grand Duché de Lituanie) en 1485, se débarrassant ainsi de concurrents politiques directs.

EN effet, Ivan III, durant son règne long de 43 ans, renforça progressivement l’état (après avoir vaincu la Horde d’Or déclinante en 1480) partiellement en saisissant les terres de ses frères, en menant des campagne contre son dernier grand rival, le Grand Duché de Lituanie et, à partir de 1503, il vit ainsi le territoire de sa principauté tripler de superficie. Il adopta le titre de Tsar et réclama le titre de “Chef de toute la Rus” cependant que son mariage avec la nièce du dernier empereur byzantin affirmait Moscou comme la “Troisième Rome“, successeur de l’Empire Romain.

Il disputa au Grand Duché de Lituanie le contrôle de quelques anciennes principautés de la Rus de Kiev au dessus dans les bassins supérieurs des fleuves Dniepr et Donets. Ce fut aussi sous son règne que le nouveau Sudebnik, ou code civil, fut compilé par le scribe Vladimir Gusev.

Le règne des Tsars commença officiellement avec Ivan IV le Terrible mais, dans les faits, ce fut avec Ivan III qui accomplit la centralisation de l’état, traditionnellement connue comme étant la réunion des terres russes à l’état central.

tsarevo-molchanie-300x172Les princes moscovites combinèrent les coutumes et cérémonies héritées de la Rus de Kiev avec celles importées de l’Empire Byzantin et de la Horde d’Or. Durant les temps de troubles dynastiques, comme par exemple une partie du règne d’Ivan IV, les boyards (c’est-à-dire la haute aristocratie) constituèrent une force interne qui était une menace permanente pour le trône. Pendant de tels conflits, les monarque moscovites sentirent la nécessité de créer une nouvelle forme de noblesse, basée sur la fidélité personnelle au Tsar plutôt que sur l’hérédité.

Pour conclure, le Grand Duché de Moscou attira les personnes ainsi que les richesses dans la partie nord-est de la Rus de Kiev, établissant des routes de commerce entre la mer Baltique, la Sibérie la mer Caspienne. Il créa un système politique hypercentralisé, dont les traditions allaient exercer une influence considérable sur le développement futur de la société russe.

 ***

Cette partie avait comme but de résumer plus de dix siècles d’histoire. J’espère qu’à la fin de celle-ci les lecteurs pourront se rappeler quelques points importants:

  • Depuis la nuit des temps, la Russie a été composée d’une multitude de peuples;
  • Les relations politiques et économiques fournies avec les états d’Asie centrale et du Moyen-Orient existèrent dès le IXème siècle. C’est un point important à souligner pour comprendre les relations géopolitiques actuelles entre la Russie et ses partenaires arabes;
  • L’histoire de la Rus’ de Kiev et de la République de Novgorod offrent des réponses évidentes à la croyance occidentale voulant que les russes aient toujours été plus violents et moins instruits que leurs homologues de l’Europe de l’ouest, ce qui est absolument faux en ce qui concerne cette période (Sans oublier les conséquences de la destruction de Constantinople par les croisés…);
  • Novgorod et les autres cités marchandes ont prospéré sans participer, au moins au début, au mouvement capitaliste, montrant que le commerce est possible et profitable s’il n’implique pas l’appauvrissement du partenaire le plus faible ainsi que du travailleur;
  • Le Grand Duché de Moscou fut un système politique autoritaire qui ouvrit la voie à ses successeurs à ce niveau. Néanmoins, le contexte de l’époque ne doit pas être oublié: la domination mongole a été d’une influence critique sur l’émergence de ce régime à ligne dure. Les guerres d’indépendance sont rarement suivies de gouvernements progressistes…

Les prochains chapitres de cette série traiteront du tsarisme et de l’empire russe, dans le but d’expliquer comment la Russie devint finalement une grande puissance.

thumb

Partie I

Khazarie: les influences politiques précoces de l’état russe

Les steppes situées dans le bassin inférieur de la Volga, entre la Caspienne et la mer Noire ont été gouvernées par les khazars jusqu’au huitième siècle. Le pouvoir politique était détenu par le Khagan (i.e. l’emprereur) et l’armée était dirigée par le Khagan Bek. Leur pouvoir politique a connu son apogée durant le Haut Moyen-Age et fut capital pour la création du capitalisme. En effet, leur importance stratégique et commerciale au carrefour de la Chine, du Moyen-Orient et de l’Europe rendirent riches la plupart des états eurasiens de cette époque.

En conséquence, les khazars ont fondé un des plus grands états de l’Eurasie médiévale, leur territoire englobant la majorité de la partie européenne de la Russie actuelle, l’Ukraine de l’est, l’ouest du Kazakhstan, l’Azerbaidjan, ainsi qu’une grand part du nord Caucase et une partie de la Crimée, de la Géorgie et du nord-est de la Turquie.

Khazaria-300x262La Khazarie (ou Khaganate khazar) était connue pour sa tolérance, son cosmopolitisme ainsi que pour son système judiciaire assez développé. Pour ne prendre qu’un exemple, son armée incorporait des soldats de chaque grande religion monothéiste, voire même des païens. C’était aussi la liaison la plus importante entre la Baltique et l’empire musulman des Abbassides, centré sur Bagdad. Comme précisé plus haut, les khazars étaient des alliés majeurs de l’Empire Byzantin et il gagnèrent de nombreuses guerres contre les califats arabes.

Entre les années 880 et 890, la route commerciale de la Volga (d’une importance critique pour la Khazarie) cessa de fonctionner, provoquant “la première crise financière en Europe”. Comme nous pouvions nous y attendre, une période de récession économique et d’instabilité politique suivit cette crise.

L’arrivée de Rurik de Novgorod autour de 860 a probablement influencé ce processus car il décida de dévier la route de commerce  de la Volga vers le Dniepr. Par conséquent, Kiev s’est développé en grand centre urbain quand Rurik décida d’en faire sa capitale, au détriment de Novgorod et après en avoir chassé les khazars, ce qui fut l’acte de fondation de la Rus’ de Kiev.

Selon Vernadsky, les grecs et les khazars ont construit la forteresse de Sarkel entre la Volga et le Don pour défendre cet endroit stratégique de la Rus’. (D’autres chercheurs, comme Franklin et Shepard, pensent que Sarkel visait à repousser (ou du moins à contrôler) les magyars et d’autres peuples de steppes, mais non la Rus’.) Entre 965 et 969, la souveraineté khazare fut finalement brisée par la Rus’ de Kiev, avec l’aide de l’Empire Byzantin. Les alliés achevèrent leur conquête en capturant Sarkel, ouvrant la voie à une annihilation complète du khaganate khazar.

La Rus’ de Kiev et la république de Novgorod: la Russie médiévale

OlegAu cours des années 880, la Rus’ de Kiev fut officiellement fondée par le prince Oleg, qui avait de nombreuses tribus de slaves de l’est et de finnois. A partir de 884, il parvint à asseoir son autorité sur les poliens, les vyatichs, les drevliens, les radimichs et les sévériens. En 907, il mena une attaque sur Constantinople, laissant Igor, fils de Rurik, à Kiev.

Grâce à un traité, Oleg a réussi à soudoyer les grecs, puis en 911, il signa un traité commercial avec l’Empire Byzantin d’égal à égal.

Le nouvel état kiévien prospéra car il contrôlait les trois routes commerciales majeures de l’Europe de l’Est: la route de la Volga allant de la Baltique en Orient, celle du Dniepr reliant la Baltique à la mer Noire et celle reliant les khazars et les germains. Il se renforça également grâce au commerce de fourrures et de miel.

A la mort d’Igor en 945, sa femme la princesse Sainte Olga devint régente jusqu’à la majorité de son fils Sviatoslav en 963. Le règne de ce dernier fut marqué par une expansion importante grâce à l’invasion des Balkans et la conquête des territoires khazars situés dans la steppe pontique. A la fin de sa vie, Sviatoslav dirigeait l’état le plus grand d’Europe, dont il déplaça la capitale de Kiev à Pereyaslavet en 969, mais ses conquêtes, pour la plupart n’étaient pas agrégées en un empire à cause des querelles fratricides entre ses fils.

Les règne du prince Saint Vladimir le Grand (980 – 1015) et de son fils Yaroslav 1ier le Sage (1019 – 1054) sont vus comme ” l’Âge d’Or ” de Kiev, qui vit la Christianisation de la Rus’ (988) et la création du premier code légal, le Russkaya Pravda, ce qui veut dire littéralement “Justice de la Rus’ “.

Крещение-Руси-300x182La Christianisation de la Rus’ eût lieu car les émissaires de Vladimir envoyés à Constantinople furent émerveillés par la beauté de la cathédrale Sainte Sophie et sa liturgie. Le choix de Vladimir d’opter pour l’Orthodoxie fut fait officiellement en raison de son mariage avec la princesse Anne, la soeur de l’empereur byzantin, Basile II. Cependant, ce choix a probablement été influencé par les liens personnels étroits de Vladimir avec Constantinople, qui dominait la mer Noire et particulièrement le fleuve Dniepr, ce dernier étant la principale route commerciale de la Rus’ de Kiev. Par conséquent, le fait de rejoindre l’Eglise d’Orient avait d’énormes conséquences politiques et commerciales.

Dans le même temps, la conversion des slaves de l’Est leur ouvrit les portes de la science, de la philosophie grecque ainsi que de l’histoire, sans apprendre le grec car la liturgie de Sainte Sophie était disponible en cyrillique.

L’indépendance des slaves de l’est par rapport à l’autorité de Rome eût pour résultat un développement de leur littérature et de leurs arts, qui sont bien différents de ceux des autres pays orthodoxes. La littérature avait un niveau élevé à Kiev, Novgorod et dans d’autres grandes villes par rapport aux standards européens de l’époque.

Kiev-St-Sophia-Cathedral-205x300

Cathédrale Ste Sophie à Kiev, bâtie en 1037

L’un des fils de Vladimir le Grand, Yaroslav, devint vice-régent de Novgorod quand son père mourut en 1015. En 1019, il vainquit son frère Svyatopolk avec l’aide des habitants de Novgorod et de mercenaires vikings, suite à l’assassinat par ce dernier de trois de ses autres frères pour prendre le pouvoir à Kiev. Yaroslav se réjouit de l’amélioration des relations avec le reste de l’Europe, particulièrement avec l’empire byzantin, qui était aussi un sujet de préoccupation de son père. Il étendit plus loin son pouvoir à travers les mariages arrangés de sa soeur et de trois filles des rois de France, de Norvège, de Pologne et de Hongrie. Sa plus grande réussite fut la publication de la “Russkaya Pravda”, cependant que la construction des cathédrales Sainte Sophie à Kiev et Novgorod démontraient son pouvoir sur les états voisins.

L’application de la peine capitale dans la Rus’ de Kiev était rare comparé à l’Europe de l’ouest féodale, du fait de la préférence de la législation pour les amendes afin de punir les contrevenants. De plus, certains ont été accordé aux femmes, comme le droit de propriété et d’héritage. Par conséquent, le système judiciaire kiévien était particulièrement moderne par rapport aux standards de son temps.

Au milieu du XIème siècle, l’état atteint son apogée, son territoire s’étendant de l’est, sur les rives de la Volga , à l’ouest, au Royaume de Pologne et au Grand Duché de Lithuanie, jusqu’au sud, vers la mer Noire.

Les jeunes membres de la dynastie commençaient généralement leur carrière comme gouverneur d’une province mineure puis progressaient vers des principautés plus importantes et finalement entraient zen compétition pour le trône de Kiev.Officiels et soldats recevaient salaires et terres des princes pour les services militaires et politiques qu’ils leur rendaient. Les marchands et artisans exerçaient parfois une influence politique à travers une assemblée de la cité, le veche (conseil), qui était composé de tous les mâles adultes de la population. Une classe de paysans payant tribut, qui devaient une quantité de travail déterminé aux princes, existait mais ce n’était pas un système de servage très développé, trait pourtant caractéristique de l’époque médiévale en Europe de l’ouest.

L’Etat déclina à la fin du XIème siècle, suite à la mort de Yaroslav, et implosa au cours du XIIème, laissant le territoire sans loi à cause de l’émergence de nombreux pouvoirs régionaux suite à cette implosion.

La cause majeure de cet effondrement est à chercher dans la nature même du système politique: le pouvoir n’était pas transmis du père au fils mais au plus ancien membre de la dynastie régnante. Evidemment, cela entraînait des rivalités et des haines au sein de la famille royale. Trois des fils de Yaroslav se battirent entre eux après leur défaite à la bataille de la rivière Alta contre les cumains (1068) alors qu’une révolte éclatait à Kiev, donnant le pouvoir à Vleslav de Polotsk.

La Rus’ de Kiev au XIème siècle

En 1097, Vladimir II Monomaque organisa le premier conseil fédéral de la Rus’ kiévienne à Liubech afin de trouver un accord entre les nombreuses factions en guerre. Le dernier dirigeant qui réussit à maintenir une relative unité au sein de l’état fut Mstislav le Grand. Après sa mort en 1132, la Rus’ de Kiev entra en déclin et ses successeurs durent lutter contre le pouvoir grandissant de la république de Novgorod. Puis, en 1169, André Bogolioubski, prince de Vladimir-Suzdal, mis à sac Kiev et, jusqu’à la fin du XIIème siècle, l’état kiévien se morcela de plus en plus.

Après cela, l’état fut encore plus affaibli par l’effondrement des liens commerciaux entre la Rus’ et Constantinople, ceci étant dû aux croisades, le pillage de la ville par les croisés marginalisant la route du Dniepr. Plus précisément, la route de commerce entre la mer Noire et la Baltique était la colonne vertébrale de l’économie de Kiev, vu son utilité comme route de commerce principale entre les varangiens et les grecs, et la mer Noire était controlée par Constantinople à ce moment. Ainsi, une fois l’Empire Byzantin tombé, le commerce sur cette route s’effondra et Kiev, par conséquent, perdit son attrait.

Au nord, la république de Novgorod prospéra en tant que membre de la Ligue Hanséatique, cette dernière étant la première confédération commerciale internationale de l’Histoire. L’oligarchie de Novgorod controlait les routes de commerces depuis la Volga jusqu’à la mer Baltique et, suivant le déclin de la Rus’, devint de plus en plus indépendante (tout en restant au sein de la Rus’ de Kiev).

Un aspect intéressant du développement de Novgorod est que, bien que dirigé par une oligarchie, il existait un gouvernement républicain car les décisions majeures devaient être prises par une assemblée de la ville, qui élisait aussi le prince comme dirigeant militaire de la ville. Il est aussi possible qu’ait existé une sorte de “Conseils des Seigneurs” qui était dirigé par l’archevêque, mais son pouvoir réel demeure encore peu clair, et qui était élu également par les Novgorodiens. L’économie de la ville était basée essentiellement sur le commerce de sel et de fourrures, les terres situées au nord de la ville étant stratégique à ce niveau. D’ailleurs, ces terres fournissaient l’essentiel des denrées mentionnées ci-dessus et Novgorod dût les défendre contre Moscou à la fin du XIVème siècle. La victoire de Moscou provoqua le déclin de Novgorod et accéléra le développement de Moscou jusqu’à ce qu’elle devienne le cœur de la Russie.

Au nord-est, les slaves venus de Kiev colonisèrent le territoire qui deviendra le Grand Duché de Moscou. Rostov, qui était le centre historique de cette région, avait été d’abord détrôné par Suzdal et ensuite par la cité de Vladimir, qui devient la capitale de Vladimir-Suzdal, une principauté qui allait s’affirmer comme le pouvoir principal dans la Rus’ de Kiev en cette fin de XIIème siècle.

A suivre…

Traduit de l’anglais par mes soins. Libre de droits sous réserve de me citer.

thumbVoici une série d’essais sur l’histoire russe écrits par l’analyste politique et financier français Julien Paolantoni. Originellement publiés il y a deux ans, ces articles peuvent être lues de nouveau à présent que le monde entier a été inspiré ou indigné (pas indifférent en tout cas) par la politique russe en Crimée, en Ukraine ou ailleurs. Ce que ces articles présentent, ce n’est pas seulement l’histoire millénaire de la Russie, mais la civilisation russe dans son ensemble et ses connections socio-culturelles.[…]

Chaque partie traite du contexte politique, économique et intellectuel pour la période donnée.

Introduction

Cette série vise à éclairer les affaires russes contemporaines, car je crois fermement que pour analyser correctement les relations internationales actuelles, il est nécessaire d’avoir des connaissances historiques sérieuses.

La partie I traitera de la fondation de l’état russe, et le processus, comme nous allons le voir, a commencé bien avant 862. En effet, un embryon politique émerge avec l’état de Gardaríki, ayant pour centre Novgorod, ce qui inclue les aires de peuplement des votes, des veps et des slaves Ilmens. Il est mis en place par un chef varègue, Rurik, en 862, ce qui en fait traditionnellement la date de fondation de l’histoire russe (Selon les dernières analyses ADN des descendants mâles de la dynastie des Rurikovic, ils appartenaient très probablement au haplogroupe N1c1 du sud de la Baltique, et n’auraient pas de liens avec les racines varègues).

Mais avant la création de Gardaríki, de nombreuses tribus nomades s’étaient installées en cet endroit, et leur influence sur le début de l’état russe sera abordé plus loin. Puis, le successeur de Rurik, Oleg de Novgorod, fonda la Kievian Rus’, le premier état slave unifié. Le christianisme devint la religion officielle de l’état en 988, après que les liens avec l’Empire Byzantin se soient renforcés. Cet événement crucial est considéré comme le début de la synthèse entre les cultures slaves et byzantine, ce qui définira la culture russe jusqu’à l’avènement de l’Empire.

La Kievian Rus’ fut finalement déchirée par les invasions mongoles entre 1237 et 1240. Au même moment, des pouvoirs régionaux comme ceux de Novgorod et Pskov se battirent pour récupérer l’héritage politique et culturel de l’ancien état. Cependant, après le treizième siècle, Moscou s’affirma comme le centre politique de la Russie jusqu’au tsarisme.

La conquête de la terre par les habitants pré-slaves et les premiers slaves de l’Est

TaurisDans l’antiquité classique, la steppe pontique était connue sous le nom de Scythie et le terme scythe, tout comme cimmérien, était utilisé pour se référer à une multitude de groupes allant de la Mer Noire au sud de la Sibérie, en passant par l’Asie Centrale. Des indices archéologiques de ces civilisations ont été trouvés tout au long du vingtième siècle en des endroits comme Arkaim, Sintashta, Ipatovo et Pazyryk.

Les premiers slaves de l’Est ont colonisé l’ouest de la Russie en se déplaçant depuis Polotsk vers Novgorod et Rostov puis se dirigeant vers Suzdal depuis Kiev. Depuis le sixième siècle jusqu’alors, ils ont constitué la majorité de la population de l’ouest de la Russie et ont graduellement assimilés les tribus finno-ogouriennes locales, comme les meshchera, les merya et les muromiens.

Traditionnellement, les changements qui ont eu lieu en Europe de l’Est durant le sixième siècle sont expliqués à travers l’expansion démographique des slaves, qui ont amené avec eux leurs langue et coutumes.

Mais, étant donné l’extrême diversité des origines parmi les tribus slaves, il n’y a pas de coDrevlyane-village-reconstruction-300x198nsensus concernant la localisation précise de la terre natale des slaves, même si une majorité de chercheurs considère que l’endroit possible se situe dans le nord des montagnes des Carpathes. La protection de la steppe forestière a préservé en grande partie leur culture de l’assimilation. C’est vrai pour leur langue (excepté la prononciation) ainsi que pour leurs techniques agricoles.

Pour faire simple, quand l’empire Hun s’est effondré, une culture slave spécifique a émergé à l’Est et s’est propagé à l’Europe de l’Est et centrale. Selon Gimburtas:

“Ni les bulgares ni les avars n’ont colonisé la péninsule balkanique; après avoir ravagé la Thrace, l’Illyrie et la Grèce, ils sont repartis vers leur territoire au Nord du Danube. Ce sont les slaves qui ont colonisé cette péninsule;… des familles entières voire des tribus complètes ont infiltré ces territoires. En peuple agricole, ils ont constamment recherché un débouché pour le surplus de population. Tenus en échec pendant un millénaire par la domination étrangère des scythes, des sarmates et des goths, ils ont été cantonnés sur un petit territoire; puis les barrières se sont effondrées et les slaves ont débordé”.

De plus, Goffart a soutenu que l’expansion slave a été facilité par la relative dépopulation de l’Europe de l’Est, avec l’émigration significative de la population allemande, mais aussi par le manque (ou l’innefficience) de la défense des pays concernés.

Slavic-tribes

Cependant, ce point de vue a été contesté par Nichols:

“La propagation ethnique peut inclure soit l’extension d’une langue aux locuteurs de langues étrangères, ou alors l’extension de la population. La propagation massive de la population ou remplacement démographique a probablement été une rareté dans l’histoire de l’humanité… Il n’y a aucune raison de supposer que l’expansion slave a d’abord été un événement démographique. Il y a eu des migrations, mais l’hypothèse la plus fine est que l’expansion slave a d’abord été une expansion linguistique”.

En outre, Dolukhanov déclare que les slaves ont été capable de gagner une expérience politique et militaire significative grâce à leurs liens avec les nomades. Cela serait la manière dont ils ont pu émerger en tant que “force dominante” et établir “un nouveau réseau sociopolitique sur toute la zone du centre et de l’est de l’Europe”.

Une autre idée a été utilisé pour expliquer l’expansion slave: l’effondrement systémique. Selon ses partisans, la chute de l’Empire Romain d’un côté et celle de l’Empire Hun de l’autre permirent à certaines minorités de prendre le contrôle des territoires et d’imposer leur culture et leur langue.

De plus, Barford note que les tribus slaves pourraient avoir vécu sur une aire étendue du centre-est de l’Europe comprenant les territoires situés entre Zarubintsy-Przeworsk et Chernyakov bien avant les migrations slaves du sixième au neuvième siècle évoquées plus haut. Puis, Geary indique que l’expansion slave fut une addition de processus locaux résultant de l’assimilation de populations. Il fut porté par un petit groupe de “fermiers-soldats” qui partagaient des traditions communes ainsi que la même langue. Ce mouvement décentralisé fut probablement ce qui protégea le peuple Slave et son unité émergente des agresseurs extérieurs.

Cette opinion est très fortement soutenu par Pohl, qui déclare:

“Les avars et les bulgares se sont soumis aux règles du jeu édictées par les romains. Ils développèrent un pouvoir militaire qui fut, en dernier ressort, payé par les revenus des taxes prélevées par les romains. Par conséquent, ils dépendaient paradoxalement du fonctionnement de l’empire byzantin. Les slaves ont fait en sorte de garder leur agriculture (une sacrément bonne agriculture selon les critères de l’époque), même lorsqu’ils ont participé au pillage des provinces romaines. Le butin qu’ils acquirent ne créa pas apparemment (au moins au début) une nouvelle classe militaire guidée par la soif d’en amasser encore ainsi qu’un dédain pour le travail de la terre, ce qui arriva aux germains. Par conséquent, le modèle slave prouva qu’il était une alternative séduisante… qui est devenu quasiment indestructible. La tradition slave, la langue et la culture ont façonné, ou du moins influencé de nombreuses communautés locales et régionales: une similarité surprenante qui s’est construite sans institution centralisée pour la promouvoir. Ces constructions ethniques régionales inspirées par la tradition slave ont incorporé des fragments considérables de populations romaines ou germaines suffisamment disposées à abandonner leur identité ethnique qui avait perdu toute cohésion”.

amfor-300x222

Greek amphoras found at Taman peninsula (currently Krasnodar region, Russia).

Un autre fait important est qu’à la toute fin du huitième siècle avant J-C, des marchants grecs ont introduit la civilisation classique à Tanais (une cité située dans le delta de la rivière Don) et Phanagoria (qui fut la plus grande colonie grecque de la péninsule de Taman et avait été choisi par les rois du Bosphore comme leur capitale en Asie). Puis, entre le troisième et le sixième siècle après J-C, le royaume du Bosphore, qui a succédé aux colonies grecques, disparut après de nombreuses invasions par des nomades.

Par conséquent, la culture grecque a eu un impact significatif sur la culture slave initiale (nous en parlerons plus loin dans l’article).

Bien que l’étude des cultures de ces peuples ainsi que leur histoire est un sujet majeur d’un point de vue anthropologique, elle ne sera pas étudiée plus en profondeur ici, car leur influence dans l’émergence de l’état russe a été limitée, au contraire des khazars, un peuple turcophone (qui ne doit pas être confondu avec le peuple turc, qui n’est qu’un des nombreux groupe composant ce groupe linguistique). Ainsi, cette étude doit commencer par un examen du rôle tenu par les khazars à ce moment-là.

A suivre…

Source

Traduit de l’anglais par mes soins. Libre de droits sous réserve de me citer.

NDT: ne vous braquez pas sur l’aspect anti-facho ou aux accents “cocos” du texte. Je le traduis car c’est, à mon avis, un point de vue intéressant sur la position de la Serbie. Le reste ne compte pas. 

Acthumbclamés par des dizaines de milliers de citoyens, les colonnes de chars serbes, véhicules blindés et les milliers de soldats ont paradé sur le boulevard Nikola Tesla, jeudi, à Belgrade. L’arrivée de la parade était le Palais de Serbie, où les dirigeants internationaux, les dignitaires et militaires de haut rang étrangers attendaient dans des tribunes. Parmi eux, le plus important, figurait le prtésident russe Vladimir Poutine. Lors d’une cérémonie tenue à l’occasion de cette parade, il a été décoré de l’Ordre de la République de Serbie, la plus haute distinction du pays.

Jeudi dernier (21/10/2014) marquait le soixante-dixième anniversaire de la libération de Belgrade des forces d’occupation nazies. Quelques survivants de la seconde guerre mondiale se tenaient sur la tribune des dignitaires, en hommage à tous leurs camarades tombés lors de la grande guerre de libération.

Cet événement n’était pas juste commémoratif, il était surtout un moment historique. D’abord, c’était la première parade militaire serbe depuis 1918, et la première parade militaire en Serbie depuis 1985, quand elle était le cœur de la République Fédérale Socialiste de Yougoslavie (RSFY). Un spectacle aérien (Strizhi) de chasseurs MiG russes au dessus de Belgrade a captivé l’assistance pendant que les transports de troupes blindés défilaient sur le chant des partisans de la seconde guerre mondiale, Po Šumama i Gorama (“Dans les bois et les montagnes”)

Mais la signification de cet événement est bien plus grande, bien plus qu’un simple reflet historique et que la célébration nationale d’une grande victoire de son peuple sur la plus puissante et la plus agressive machine de guerre en Europe à ce moment-là. La signification de cet événement va bien au-delà d’être un affichage d’union nationale et un souvenir. Il est le symbole d’un tournant que vient de prendre la Serbie en direction de son allié historique, la Russie. Avec Poutine comme invité d’honneur, la Serbie semble semble annoncer un nouveau départ, tout en célébrant ouvertement et sans complexes le passé.

En fait, pour le plus grand désarroi de l’OTAN, le premier ministre serbe Aleksandar Vucic a annoncé dans une conférence de presse commune avec Poutine, après la cérémonie, que la Serbie ne rejoindrait jamais l’UE dans ses sanctions à l’encontre de la Russie. Dans cette optique, nous pouvons voir que la Serbie est en train d’opérer un tournant “vers l’Est”, vers la sphère eurasienne.

41d50ff10a4b964f5474-300x200Comme le montrent les sondages, une large majorité de serbes est opposée à la politique de l’UE et à ses diktats, ainsi qu’à y entrer. Ils voudraient augmenter le commerce avec les pays européens, tant que ces derniers respectent le principe démocratique fondamental de la souveraineté nationale, et l’autodétermination du peuple serbe. Les directives de Bruxelles sont, du point de vue de nombreux analystes, à l’extrême opposé du concept de souveraineté. Les politiques européennes, combinées à la crise économique et à la hausse des politiques d’austérité, ont mené à une augmentation jamais vue de l’euroscepticisme au sein de l’UE et des pays de l’Eurozone.

On peut seulement imaginer la frustration des USA, de l’OTAN et des atlantistes de l’UE qui ont cru pouvoir exercer des pressions sur la Serbie avec une hypothétique entrée dans l’UE. Cela n’a eu aucun effet sur elle car, à l’heure actuelle, la Serbie a le statut d’observateur au sein de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC), considérée par l’OTAN comme la réincarnation du pacte de Varsovie. Elle a aussi conclu un traité de libre-échange avec la Russie, similaire à celui que l’Ukraine a conclu. Le coup d’état soutenu par les USA en Ukraine, justifiée par ses partenaires européens comme un préambule nécessaire à l’élaboration d’un accord d’association entre l’Ukraine et l’UE, a montré au Monde ce que des pressions accentuée sur la Serbie donneraient. Cependant, au contraire de l’Ukraine, le nationalisme serbe est pan-slave et anti-hiltérien dans ses orientations.

Les événements de jeudi dernier ne furent pas seulement un exercice formel du souvenir mais ils étaient vigoureux, optimistes et militarisés, ce qui a envoyé un message plus fort par les images que cela ne l’aurait fait par des mots. Ce qui dérange encore plus l’OTAN, c’est que la Serbie va obtenir la présidence de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) l’an prochain. Que cela va-t-il donner au sujet de la mission de l’OSCE dans la région du Kosovo, dans le sud de la Serbie, actuellement sous occupation américaine?

 D’ailleurs, le moment le plus important de ce jeudi était la signature d’une alliance russo-serbe, qui aurait été trouvée sans même avoir besoin de la signer. Réagissant d’un ton condescendant et paternaliste, le rapporteur parlementaire sur la Serbie, David McAllister, a exprimé son inquiétude quand aux événements de jeudi, répétant que l’UE et l’OTAN ne voyaient pas d’un oeil favorable 4500 soldats serbes saluer Vladimir Poutine. Il a aussi déclaré qu’il attendait de la Serbie qu’elle reste dans le chemin de l’accession a l’UE.

L’Etat serbe, dirigé par Tomislav Nikolic (du Parti du Progrès) a déjà défini de façon formelle sa politique sur une éventuelle intégration de l’UE. Avant son élection, le soutien à une intégration (au sein de la population) était à un niveau de 70%. En évacuant les préoccupations serbes sur la baisse de l’eurodollar, de nombreux contretemps et les frustrations sur des points de négociation critiques ont contraint Bruxelles à repousser des discussions approfondies. Dans le même temps, le soutien serbe a chuté aux environs de 40%. Cela a mené les analystes de l’UE a se demander si les intentions exprimées par la Serbie d’entrer dans l’UE étaient sincères. Celle-ci continue d’affirmer sa volonté d’entrer au sein de l’union européenne, mais simultanément tient ferme sur un nombre croissant de règles non-négociables.

 Peut-être pour clarifier sa position, Nikolic a déclaré ce qui suit lors de cet événement:

Je partage dans la gloire de l’histoire de la Serbie et la Russie, un lien permanent et incassable de fraternité, une amitié qui était toujours, maintenant et pour toujours la fierté de nos pays et peuples, au bénéfice de n’importe quel homme de bonne volonté dans le Monde.

La Serbie et la Russie sont liés dans l’origine, la langue, les coutumes, la religion, l’histoire, la culture, un amour sublime pour la liberté et la fierté héroïque, des tertres communs et des tombes inconnues, des orphelins abandonnés et des femmes, de jeunes vies diminuées, une génération perdue qui se rappelle notre lutte commune.

Qui d’entre nous serait là s’il n’y avait aucune guerre que nous n’avons pas commencée? “

41d50ffb1ac1047132e5-300x200Une écrasante majorité des serbes soutiennent le président Poutine, beaucoup le voyant comme un président de remplacement. Les succès de la Russie et de Poutine sont, dans l’inconscient  collectif serbe, aussi les leurs. En partie au travers de leur affinité avec la Russie, Les Serbes se sentent partie prenante d’un monde plus grand de pertinence géopolitique. Mais cette opinion majoritaire n’avait jamais, jusqu’à présent, trouvé son expression au sein de son propre gouvernement, alors même que les sentiments anti-OTAN sont considérés comme étant partie prenante de l’identité serbe.

Cette contradiction a bouillonné pendant un certain temps et trouve maintenant des signes tangibles d’une concrétisation. La Serbie a lentement émergé d’une occupation néo-coloniale après plusieurs stratégies. Les pouvoirs occidentaux ont soutenu presqu’une décennie de guerre civile, prenant la vie de presque 100 000 personnes. Cette guerre criminelle et illégale par procuration de division et de conquête, par les USA guidés par l’OTAN en Yougoslavie, a été suivi par une campagne de 76 jours de bombardement par l’OTAN en 1999 qui a culminé par l’expulsion du président démocratiquement élu Slodoban Milosevic en octobre 2000.

L’opération a été coordonné au sol par “Otpor!”, un mouvement paravent soutenu par les USA, financé par le NED (Fondation Nationale pour la Démocratie) de Soros. En provenance en grande partie du travail de Gene Sharp, il est largement admis que cette opération a été l’une des premières applications modernes de ce qui est maintenant appelé la tactique combinée du Printemps Arabe et de la Révolution de Couleur.

Quand le lion tue, le chacal prospère; et les douze ans qui suivirent virent la Serbie dirifée par un gouvernement fantôche, soutenu par une oligarchie pro-UE et OTAN-compatible. Certians comme Kostunica furent recrutés directement au sein de “Optor!”. Mais à présent cette regrettable hidtoire, pleine de trahison et de peine, n’est que le prologue d’un nouveau livre traitant d’une nouvelle Serbie eurasienne.

La visite capitale et historique de Poutine, donc, n’a pas seulement pour objet le passé mais aussi le présent et le futur. Le souvenir du combat commun n’a trouvé aucune allusion dans les commentaires de Poutine à propos de l’Ukraine et de la Novorussie. Durant sa visite, il a donné un entretien révélateur au journal serbe Politika. Interrogé sur les relations bilatérales entre la Russie et les USA, il a déclaré:

“Washington a soutenu activement le “Maïdan” à Kiev et, résultat de leurs manigances dans la capitale, un nationalisme s’est levé qui a provoqué un ressentiment dans une part importante de l’Ukraine et a plongé le pays dans la guerre civile. (Les Etats-Unis) ont commencé a accuser la Russie, à dire qu’elle avait provoqué la crise. Le président Barack Obama, face à l’assemblée de l’ONU, a inclus “l’agression russe en Europe” sur la liste des trois principales menaces de l’humanité, avec la fièvre mortelle Ebola et le groupe terroriste “ISIS”.

En rajoutant à cela les sanctions dirigées contre des pans entiers de notre économie, une telle approche est difficile à définir autrement qu’hostile”.

 La lutte contre le nazisme n’a pas juste une signification historique mais renvoie clairement à la lutte qui se déroule actuellement en Novorussie contre la junte soutenue par les USA. Bien que la Serbie ait récemment introduit un projet de loi pour interdire à ses ressortissants de se porter volontaires dans des conflits étrangers, plus de deux cent serbes, se sont engagés du côté pro-russe au sein de la nouvelle Fédération de Novorussie. Il est trop tôt pour juger de l’effet qu’aura la visite de Poutine sur le résultat du vote ni, si le texte est voté, sur son application réelle.La guerre civile dans l’ex-Ukraine dépend en partie des volontaires étrabgers engagés dans une résistance anti-nazi ou anti-fasciste.

41d50ff00da5e89bb98b-300x200

Les accords signés aujourd’hui entre Poutin et Nikolic  sont également remarquables. l’un d’entre eux concerne une organisation gouvernementale russe à Niš, dans le sud de la Serbie. Un agrément a été signé, accordant une immunité légale complète aux employés de l’organisation.

Le Centre Humanitaire Russo-Serbe est sous étroite surveillance de la minorité et les représentants de l’ambassade des USA ont demandé des investigations rigoureuses. Les accusations sont que le Centre Humanitaire, aussi appelé Centre des Situations d’Urgence,  est une plateforme du FSB, avec le but ultime d’établir une base militaire russe. Cela a été démenti par les autorités serbes. Il y a un mouvement mimétique croissant demandant des bases militaires russes dans le sud de la Serbie. Niš est à 80 kilomètres du camp Bondsteel, dans la région occupée du Kosovo, dans le sud de la Serbie.

Poutine a aussi, durant sa visite, réitéré sa position inflexible sur la nécessaire fin de l’occupation du Kosovo, et le retour de son contrôle à la Serbie.

Toutes les propositions du projet South Stream passent par Niš, ou à côté.

Le Centre des Situations d’Urgence a ouvertement mis en place un centre de commandement pour les “situations d’urgence”, comme les crues subites qui ont ravagées la Serbie en mai dernier, qui ont coûtées de nombreuses vies. C’est une théorie conspirationniste très populaire en Serbie que ces inondations ont été causées par le programme américain HAARP, comme une punition à l’encontre du pays pour ses refus de répondre aux appels de l’UE à abandonner le projet de gazoduc South Stream. L’achèvement du pipeline est une pièce maîtresse pour l’accès de la Russie au marché européen autant qu’une contre-mesure contre l’instabilité que les USA ont créé en Ukraine, par où 65 à 70% du gaz russe transitent actuellement en direction de l’Europe.

Sur la question de South Stream, Poutine a aussi souligné l’importance du projet devant sa visite d’aujourd’hui. Il a déclaré:

“Le projet South Stream ne peut pas être réalisé unilatéralement. Comme en Amour, il faut une volonté des deux côtés. Nous ne pouvons pas construire un gazoduc qui coûte des milliards par nous même. Nous avons mené des discussions similaires pour le gazoduc NordStream, qui satisfait tout le monde aujourd’hui. Les problèmes avec South Stream sont politiques, et créent des dégâts sur l’économie. Nous ne voulons pas avoir une crise de l’énergie cet hiver. Cela ne sera certainement de notre faute.

41d50ff990c34e09c023-300x200

On peut certainement lire entre les lignes pour la dernière phrase, et ce que cela signifie pour l’Ukraine.

D’autres domaines de pourparlers ont tourné autour de l’exportation de marchandises serbes en Russie. Les exportations serbes, le plus souvent des productions agricoles, vers la Russie ont crût de 60% depuis que l’OTAN/UE a imposé des sanctions fin janvier 2014. Les discussions ont été aussi orientées autour des productions laitières.

Mais cela pourrait n’être que le commencement, et les consultants en agribusiness pourraient être impliqués dans des projets futurs. Le manque d’organisation est le gros problème des exportations serbes car les producteurs agricoles ne sont pas réunis au sein d’une union des producteurs pour exporter ensemble. Pour ces raisons, les choses bougent vite. Cela reflète certains éléments de la culture serbe, qui opte pour une approche très rationnelle du commerce et de la vie.

De plus, il y a eu des discussions plus approfondies entourant l’export de voitures fabriquées en Serbie, sous la marque Zastava (anciennement Yugo, utilisant la plateforme Fiat), vers la Russie. Comme cela a été aindiqué, la Serbie profite d’un accord de libre-échange avec la Russie.

L’Allemagne a indiqué que cela pourrait être une sorte d’échappatoire aux sanctions et régimes tarifaires, en ayant la Serbie qui opère comme un intermédiaire entre eux et leur partenaires russes. L’Allemagne s’est aussi sentie étouffée par des règlements de l’Union européenne, ayant déjà ouvert le débat de la sortie de l’UE. A la lumière des sanctions européennes imposées à la Russie à propos de la Novorussie, un obstacle sérieux pour l’Allemagne, cela peut être plus attirant que jamais auparavant. La Serbie est le meilleur candidat grâce à sa proximité avec l’Europe centrale ainsi qu’à son statut d’état hors de l’UE. L’offre d’une Serbie étant ” l’Etat à l’Unique Etoile ” (Référence au Texas) dans les Balkans, pourrait au final être très rentable.

Tout cela indique un changement réel et grandissant non seulement pour la Serbie, mais pour toute l’Europe. Le conflit entre l’OTSC et l’OTAN allant s’intensifiant, la Russie renforce ses alliances traditionnelles et réaffirme son soutien à ” la Marée Rose ” de ses alliés latino-américains du MERCOSUR. La Russie ne s’oppose pas à une éventuelle intégration de la Serbie à l’UE, la voyant comme un autre atout à l’intérieur, cela pouvant l’aider à maintenir ses positions dans les relations bilatérales.

Avec tout ceci en tête, nous savons au moins une chose: les pluies diluviennes n’ont pas dissuadé un seul serbe de participer à l’événement majeur de jeudi qui a causé d’énorme bouchons dans Belgrade ce dont, pour la première fois depuis bien longtemps, les habitantes se sont réjouis.

Source

Traduit de l’anglais par mes soins. Libre de droits sous réserve de me citer.

Older Posts »

Categories